Cette première étape peut être décisive !

A J-1 du grand départ, la première étape de la Solitaire du Figaro (Paimpol/Gijon) pourrait bien s'avérer délicate en raison du manque de vent qui aurait pour conséquence d'encalminer la flotte dès la première nuit de course. C'est ce qu'explique Thierry Chabagny, qui sera à la barre du Figaro Gedimat pour la deuxième année consécutive.

Thierry, à quelles conditions météo vous attendez-vous pour cette première étape de la Solitaire vers l'Espagne?

"La situation générale peut encore bouger jusqu'au dernier moment, il faut donc être prudent. Mais globalement nous évoluerons dès dimanche soir dans un triangle entre des dépressions au nord et un bel anticyclone au sud. Sur les derniers modèles météo que j'ai consultés, nous avions encore un vent soutenu sur la zone de départ (20 à 25 noeuds de ouest-sud-ouest dans une mer un peu formée et sous la pluie) mais avec un front qui passe assez vite sur nous, peut-être même au moment du départ. Le problème est que derrière ce front le vent va mollir très rapidement et que dès la première nuit de course, nous pourrions tout simplement avoir du mal à progresser sur la route, tellement le vent sera faible !  Autrement dit nous serons un peu secoués au départ, mais ensuite la problématique sera très différente. Il peut même y avoir des zones à la pointe de Bretagne où l’on pourrait se retrouver dans deux nœuds de vent… avec deux nœuds de courant! Ensuite c'est une traversée classique du golfe de Gascogne sous l'influence d'une dorsale anticyclonique. Ce qui veut dire que ce sera lent et long !"

Quel jour pensez-vous arriver à Gijon?

"Jeudi, voire vendredi si l'on en croit les derniers modèles. Mais encore une fois tout peut encore évoluer! Ceci dit j'ai demandé à mon préparateur de veiller à mettre cinq jours d'eau dans le bateau, de bien préparer les écoutes légères, le mouillage, le chapeau et la crème solaire ! Plus sérieusement, c'est typiquement le genre d'étape qui peut créer de grands écarts, car dans la pétole l'écart se transforme en beaucoup de temps pour ceux qui prennent du retard. En 2008, j'ai vécu le deuxième sacre de Nicolas Troussel et c'était dans cette configuration : j'avais récolté huit heures de retard sur lui, d'autres avaient pris 24 heures et la course était jouée dès la première étape ! Donc il va falloir être très vigilant, dès le début. Tout le passage du Four par exemple peut être délicat, il peut y avoir un phénomène de passage à niveau à chaque marée, la dernière barrière étant le raz de Sein. Et si quelques bateaux réussissent à passer avec la marée pendant que toi, tu es obligé de mouiller et d'attendre six heures que le courant s'inverse, ça peut faire très mal… A chaque fois qu'il y a une dorsale anticyclonique à traverser dans le golfe de Gascogne, cela crée des écarts importants. Cette première manche peut parfaitement être une étape de folie de ce point de vue."

Que fait Thierry Chabagny les dernières 24 heures avant le départ?

"Beaucoup de météo, un peu de sport et du repos. Je suis logé chez des amis à Port Blanc, tout va bien : le bateau est fin prêt, moi aussi, les voiles sont testées... Je ne vais donc pas me mettre de stress inutile. Je me dis juste "voyons voir si je suis capable d'être lucide, mais aussi de prendre des risques. Voyons si je suis en phase et si je parviens à naviguer détendu". C'est important car beaucoup sont stressés au départ de la première étape. J'ai eu beaucoup de sollicitations médiatiques cette semaine à Paimpol, et c'est très bien pour la promotion de notre sport et pour Gedimat. Maintenant place à l'action!

Solitaire du Figaro 2012  //  23/06/2012
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