En direct du Jules Verne

Récits de Thierry Chabagny

7 décembre 2011

La mer est dure en ce moment et le vent autour des 25 nœuds. Je vous laisse imaginer le choc dans les vagues, le bruit incessant de la mer qui file le long des coques, la difficulté de se déplacer dans le bateau… Quand tu sors du sac de couchage tous les bruits et les mouvements reviennent progressivement. On se réhabitue quand on sort pour le quart. 

Dans le bateau ça se durcit côté température. Ca fume quand on parle à l’intérieur… 

L’eau a pris un sérieux coup de froid aussi. Maintenant quand tu prends une rincée à la barre, tu remarques bien la froidure sur les mains ! J’ai barré avec des gants tout à l’heure… J’ai même mis le casque tout à l’heure ! 

Le pire c’est quand Loïck dit qu’on est dans le front chaud et que dans 2 jours ça va vraiment meuler ! On a de quoi s‘équiper mais c’est laborieux quand tu sors du sac de couchage et que tu pars direct sur le pont pour manœuvrer, il faut bien 15 minutes pour être prêt. 

En ce moment on déboule à 35 nœuds dans la boucaille glaciale des 50e, il fait nuit, ça karchérise de l’eau à 3° et on est censé voir quelque chose ! 

C’est un travail permanent à la barre pour essayer de garder une vitesse moyenne plutôt que de faire des pointes et bourrer dans la vague de devant. De jour ça va encore mais la nuit c’est tout au feeling, les yeux rivés sur les compteurs… Pas toujours facile ! Dans le quart n°1 on tourne toutes les 40 minutes et dans ces conditions c’est bien suffisant. 2 sessions par quart, 2 fois par jour. 

A la fin, tu n’es pas mécontent de finir ton quart et de refiler le bébé aux suivants ! Mais bon voilà, la vitesse, ça se paye !

30 novembre 2011 (bis) – A la douche !

Chez nous pas de dépression, mais un gentilcyclone de Ste Hélène qui nous salue bien bas et nous envoie doucement mais surement vers une route plus à l'Est. 

On va rentrer dans du plus frais demain matin. Donc ce soir, c'est douche collective ! 

Après ce sera trop tard, et trop froid ! Après c'est trois semaines de lingettes garanties ! 

Mais quel plaisir d'enlever une grosse semaine de crasse bien collante (surtout celle de ces derniers jours) et de repartir avec des sous-vêtements propres !! 

Séance rasage également pour tout le monde et coiffure pour Manu ... 

Aujourd'hui on a quasiment tous sauté notre quart off pour faire un check complet du bateau. C'est un peu la "dernière station avant Brest". 

Flo est monté dans le mat, Kevin aussi mais intérieur. J'ai démonté et remonté 2 winchs, Pym a fait le tour des flotteurs et de quelques points névralgiques du bord, Ronan a checké les prises de ris, Manu la coque centrale.... Bref, tout le monde a mis la main à la patte pour cette journée dédiée au bateau. Le tout en continuant à faire fonctionner la bête dans le bon sens et à la bonne vitesse. 

"En souplesse, les garçons, en souplesse !!" comme dirait Loïck !! 

Voilà, on est prêt pour les Forties !!

30 novembre 2011 – Explication de Quart

Mon quart, le n°1, est composé d'Yvan, Brian, Pym et moi-même. Pendant le "on", on s'échange la barre avec Brian et Yvan toutes les 40 minutes. Ce qui fait 2 sessions chacun pendant 4 heures non stop. 1h20 de concentration pure ! Souvent il faut placer le bateau dans un angle de 2-3 degrés seulement pour garder une vitesse constante et une trajectoire rectiligne. Avec les vagues et les variations de force et de direction de vent, ça complique la chose, mais ça la rend aussi passionnante. Chaque session de barre est différente, et suivant les sensations, bateau équilibré, mou (qui veut descendre dans le vent) ou ardent (qui veut remonter au vent) il faut modifier les réglages... Et tout cela en accord avec les consignes du navigateur et skipper. Après les 40 minutes de barre, je retourne à une écoute ou au traveller de GV pour réguler et me mettre au service du barreur. A certaines allures, autour du vent de travers, c'est avec ce bout que l'on contrôle l'assiette latérale du bateau. S'il se lève trop haut, ou trop nerveusement, il faut choque un peu pour le calmer. Et puis on reborde pour ré-accélérer et chercher la meilleure assiette, ni trop haute ni posée sur la coque centrale. C'est un poste qui dans certaines conditions peut-être intense aussi. Souvent après le quart, on est bien calmé, et on pense surtout à rejoindre notre bannette, le plus vite possible. 

Dans notre quart de stand by de la journée, on doit préparer le repas de midi. En gros faire chauffer une grande quantité d'eau pour réhydrater la nourriture conditionnée en sachet collectif, puis servir chacune des 14 gamelles... Et faire la vaisselle derrière ! 

Parfois, dans les conditions très changeantes, comme dans le Pot au Noir, ou sous les grains, pendant mon quart de stand by, je ne quitte pas le pont pour manœuvrer et régler avec le quart on. Et près j'enchaine mon quart normalement... 

En théorie, je dois prendre ma première et dernière douche avant un bon moment (tout le sud) aujourd'hui. J'espère que je n'ai pas loupé le coche car il fait déjà plus frais ! Mais pour l'instant on n'a pas eu de conditions suffisamment cool pour prendre le temps de faire ça. 

En ce moment je suis réveillé depuis 20 minutes et je pianote sur l'ordi du bord. On vient de dérouler la trinquette (en plus du Gennak). Et au vu des conditions "maniables" mon quart ne devrait plus être sollicité durant les 3 heures qui viennent. 

Parfait pour redormir un peu, envoyer quelques mails et se faire un petit dèjeuner avant d'embrayer sur le pont pour 4h non stop. 

Je pense que je commence à être dans le rythme, c'est-à-dire que je me réveille avant l'heure et que je ne me sens pas fatigué. 

C'est de bon augure avant d'entrée dans le Sud, le vrai ! En 24h, on va perdre pas loin de 15 degrés et la courbe devrait s'infléchir plus franchement vers l'est. 

On attend tous un peu cela : entrer dans le vif du sujet ! Car même si ça va vite, ces alizées du Sud-Est sont assez monocordes. Et puis, pas de bateaux, ni d'oiseaux, poissons... 

Allez, il fait encore nuit, je vais dormir un peu, pour me faire un petit porridge au lever de soleil...

29 novembre 2011 - Ce bateau est un fabuleux réducteur de distance

Ça y est, le record entre Ouessant et l'Equateur est entre nos mains ! On savait que ça allait se jouer à quelques minutes, on a attaqué comme en grand prix. 
On est toujours au près et ça cogne pas mal, on rebondit sur nos bannettes ! 
A part ça on suite toujours autant ! Dans 24 heures ça devrait commencer à être plus agréable, puis plus frais 48 heures après. L'enjeu consiste à prendre la dernière douche avant le sud (soit un mois en gros), ni trop tôt, ni trop tard ! Ce bateau est un fabuleux réducteur de distance…

Article suivant : « Thierry Chabagny, Barreur / Règleur / N°1 à bord du Maxi Trimaran Banque Populaire V »