Gedimat en éclaireur sudiste sur l'Atlantique

Le Cap Vert est dans le sillage et la bagarre est toujours aussi intense pour Gedimat, qui a gagné un peu de terrain sur son premier dauphin, Agir Recouvrement. La grande traversée de l’Atlantique est entamée. Pour le moment, le décalage plus nord de Cercle Vert n’inquiète pas Thierry Chabagny et Erwan Tabarly.
Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Il était aux alentours de 20h hier soir quand Gedimat a déclenché un des empannages les plus importants de cette Transat AG2R La Mondiale. Tout près de l’île la plus sud de l’archipel du Cap Vert, et toujours en combat rapproché avec le duo Hardy/Biarnes, Thierry Chabagny et Erwan Tabarly sont passés tribord amures (le vent vient maintenant sur la droite du bateau). En avant pour la grande traversée donc, avec toujours un rythme très soutenu dans l’alizé, autour de 9 à 10 nœuds. Attention toutefois ce ne sera peut-être pas le dernier empannage, car la situation météo semble aujourd’hui favorable si l’on va encore plus au sud ! Une affaire à suivre…

L’équipage de Gedimat a envoyé une amusante vidéo de ce passage original dans l’archipel du Cap Vert, entre cuisine des pâtes sur l’unique réchaud du bord et visite d’une colonie de dauphins joueurs. Toujours agréable, même si ces images bon enfant cachent la grande intensité de la bataille qui se joue en ce moment même : en réalité, ils sont à fond en permanence ! Ils entament leur douzième jour de course depuis le départ de Concarneau et qu’on ne peut rien lâcher sous peine de perdre un leadership durement conquis et forcément fragile.

A fond en permanence !

Cercle Vert est passé en tête aux pointages officiels où Gedimat n’est plus crédité « que » de la 2e place. C’est logique… et a priori pas vraiment préoccupant. En entamant beaucoup plus au Nord (« au-dessus » même des îles du Cap Vert !) leur traversée, Gildas Morvan et Alexis Loison font le pari de raccourcir la route. En retard depuis les Canaries, ils n’avaient guère d’autre choix que de tenter cette option risquée, rester derrière le groupe de tête étant sans espoir. « A la place de Cercle Vert, j’aurais fait pareil » commente d’ailleurs aujourd’hui Thierry Chabagny, « chacun sa route, on verra bien ce que ça donne à la fin. » Gildas Morvan reconnaît aussi avoir abattu ses cartes : « On avait un peu de retard après les Canaries, il fallait dégainer, c'est ce qu'on a fait. » Y aura-t-il pour eux assez de vent en permanence et jusqu’à la fin pour concurrencer les quatre sudistes? Rien n’est moins sûr, mais en tout cas ils ne pourront plus redescendre vers Gedimat sous peine d’y laisser beaucoup trop de terrain. « Je pense que Cercle Vert devra un moment redescendre et que ça pourrait lui coûter très cher à ce moment-là » estime le skipper de Gedimat.

“C’est la route météo qui compte”

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

A 2000 milles de l’arrivée dans le sublime port de Gustavia, Thierry Chabagny et Erwan Tabarly croient bien davantage en leurs chances. Et ils naviguent encore à merveille cet après-midi d’un point de vue stratégique. A la fois les plus à l’Ouest et les plus au Sud de leur groupe, ils “protègent” en même temps la marque à atteindre – c’est à dire la ligne d’arrivée à Saint Barth – et le côté du “plan d’eau” qui semble le plus favorable, à savoir le Sud. D’un point de vue de régatier, c’est parfait, même si la route est encore très longue et qu’il peut se passer beaucoup de choses avant d’atteindre l’arc antillais. Au pointage de 12h, Gedimat (2e) avait 4 milles d’avance sur Agir Recouvrement et 12 milles sur Generali et Bretagne-CMB. Cet après-midi, Thierry Chabagny commentait ces écarts « ça, c’est en terme de distance au but, mais ce qui compte pour nous c’est la route météo. Avec Erwan on est très content car on aperçoit encore Agir aux jumelles, mais on ne l’a jamais vu aussi petit ! A vue de nez, je pense qu’Adrien et Vincent sont environ 5 milles derrière nous. C’est très bon pour le moral. On a gagné du terrain sur eux, c’est sûr, mais on ne s’enflamme pas. Il reste dix jours de course et c’est long dix jours à tenir ce rythme très élevé. Là, on vient de croiser une bouteille de gaz qui flottait. Si on l’avait pris dans les safrans, ça pouvait faire beaucoup de dégâts… »

Toujours très concentré, le duo de Gedimat vérifie régulièrement le matériel et a même affalé la grand-voile avant de la renvoyer pour s’assurer que tout est ok. C’est là qu’on reconnait aussi les pros, ceux qui ne laissent rien au hasard. Un petit bémol ? « Erwan commence à se plaindre de la chaleur. En bon Breton, il n’aime pas trop ça ! »

Transat AG2R La Mondiale  //  14/04/2016
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