Gedimat est arrivé au Portugal, Thierry Chabagny fera La Solitaire du Figaro

Onze jours après le démâtage de Gedimat survenu alors qu’ils étaient en tête de la Transat AG2R La Mondiale, Thierry Chabagny et Erwan Tabarly sont arrivés tôt ce matin à Lagos, au Portugal. Ils ont réussi leur pari de revenir du milieu de l’Atlantique vers les côtes européennes sous gréement de fortune, en deux étapes : la première jusqu’à Madère, la seconde de Funchal aux côtes continentales portugaises. La première partie de la course contre la montre est gagnée, explique Thierry Chabagny, tout heureux de pouvoir sauver sa participation à la Solitaire du Figaro.
Thierry Chabagny et Erwan Tabarly
Thierry Chabagny et Erwan Tabarly

Thierry comment s’est passée cette deuxième partie du périple de Gedimat, de Funchal à Lagos ?

« Son principal intérêt est d’être terminée ! Ces quatre jours de mer depuis Funchal, après une escale de 16 heures pour refaire du gasoil, quelques courses et de petites réparations, étaient loin d’être agréables. C’était même plutôt comme une punition car nous avons navigué avec le moteur en permanence, sous tourmentin seul. Nous avancions entre 5 et 6 noeuds mais il n’était pas toujours possible de faire la route directe. Plus de la moitié du temps, nous avons eu le vent et la mer de face. C'était vraiment pénible, parce que le bateau était au près… mais à plat, car le petit tourmentin ne le faisait pas assez gîter ! Donc la moindre vaguelette venait se fracasser contre la coque et c’était quasiment impossible de rester à l’extérieur. C’est là qu’on se rend compte qu’au près c’est mieux quand le bateau penche, car on est plus haut et plus abrité ! Dehors, c’était comme des lances à incendie en permanence… avec Erwan on sortait donc le moins possible, nous avions mis toutes les alarmes possibles sur nos systèmes de positionnements, le réflecteur radar etc. Le problème est que c’était infernal à l’intérieur aussi, pour d’autres raisons : le bateau était balloté dans tous les sens, un véritable shaker, et surtout on ne pouvait pas dormir ailleurs que tout près du moteur. Le bruit était infernal, permanent. Même avec les casques de chantier et tout ce qu’on pouvait trouver à mettre pour protéger nos oreilles, je pense que nous sommes devenus un peu sourds ! Avec Erwan, nous sentons un sifflement permanent dans nos oreilles, on se demande si ces acouphènes vont disparaître et si oui, au bout de combien de temps. Mais il fallait absolument se faire violence pour quitter Funchal vite car la météo ne nous aurait pas permis un rapatriement aussi rapide ensuite. »

Dans ces conditions, on suppose que vous êtes très contents d’être arrivés à bon port !

« C’est le moins qu’on puisse dire, voilà une bonne chose de faite ! Nous sommes persuadés que la solution que nous avons choisie était la meilleure en termes de timing pour la suite. Maintenant, le bateau va remonter par la route et être à Port La Forêt dès la semaine prochaine. Aucune des autres solutions envisagées, comme aller aux Canaries par exemple ou se faire livrer un vieux mât à Madère, ne permettait un délai aussi court. Je rappelle que nous avons démâté au milieu de l’Atlantique, à 1900 milles de l’arrivée et à 1900 milles de Concarneau… et que 200 milles plus loin nous aurions été obligés de continuer jusqu’aux Antilles ; dans ce cas-là, c’est toute la saison qui aurait été foutue.»

Et maintenant, que va-t-il se passer ?


« Nous avons été accueillis au ponton par notre préparateur Arnaud Hébert. Nous sortons le bateau de l’eau dès aujourd’hui, on l’a déjà préparé pour cela. Arnaud a descendu un ber qui va permettre de le charger sur le camion du transporteur que nous avons trouvé. Il prendra la route lundi et Gedimat sera à Port-la-Forêt mercredi prochain, le 7 mai. Parallèlement, un nouveau mât est en cours de fabrication chez le fournisseur. J’ai donc bon espoir que les choses aillent vite pour remettre le bateau en état de courir. Je ne sais pas encore si le bateau pourra être prêt pour la Le Havre Allmer Cup, qui démarre le 22 mai, mais c’est sûr que j’arriverai à participer à La Solitaire ! Et c’était ça le grand objectif : réussir à sauver La Solitaire. On peut dire aujourd’hui que c’est quasiment gagné, en tout cas en très bonne voie ! J’en profite pour remercier mon partenaire Gedimat, qui nous a toujours soutenus, qui nous appelait tous les jours pour nous encourager, pour tenter de trouver des solutions. Ils sont pour beaucoup dans la réussite de ce sauvetage ! »

Comment s’est passée la cohabitation avec Erwan, pendant ce drôle de convoyage forcé ?

« Erwan a la capacité d’être toujours de la même humeur, c'est super agréable, il ne se morfond jamais. Il peut évidemment être fatigué comme tout le monde, mais il ne se plaint jamais. C'est un marin à l'ancienne… c'est un Tabarly et il n’en a pas que le nom ! Il doit y avoir une histoire de gênes là-dedans ! C'est la meilleure personne sur qui tu peux tomber quand il t'arrive un truc pareil. »

Transat AG2R La Mondiale  //  30/04/2014
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