Gedimat prend les commandes du Sud !

Magnifique week-end pour Thierry Chabagny et Erwan Tabarly ! A la régulière, ils ont mis une énorme pression sur le duo Hardy/Biarnes et Gedimat a fini par doubler Agir Recouvrement pour prendre les commandes de la course ! Il faut maintenant parer une zone interdite au large de la Mauritanie, tout en essayant de conserver le leadership de cette Transat AG2R La Mondiale. Question du jour : prendre le bon virage pour traverser l’Atlantique.
Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Les supporters de Gedimat peuvent être joyeux ce lundi matin : au Sud, Thierry Chabagny et Erwan Tabarly ont pris les commandes de la course ! Alors que les températures ont nettement remonté et que le vent a légèrement faibli (un peu moins de 25 nœuds), les marins de Gedimat cueillent les fruits de l’énorme pression qu’ils mettaient depuis cinq jours maintenant sur Agir Recouvrement. Ce magnifique duel en tête, pour le moment, tourne légèrement à l’avantage de Gedimat. A 8h ce lundi matin, Thierry Chabagny explique : « Nous sommes  vraiment très contents de nos deux dernières journées : on a bien navigué et on a la bonne carburation. On a attaqué hier avec trois milles de retard sur Agir et on a fini la journée un mille devant lui. C’est très positif et bon pour le moral. En plus on a pris du plaisir, on a vu les ailes de kitesurf en faisant des empannages au ras de la côte du sud Maroc. C’est parfait. »

Corridor obligatoire devant la Mauritanie

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Trois heures avant lors de la vacation de fin de nuit, Vincent Biarnes avait déjà confirmé: « On s'est fait doubler par Gedimat. Il n'est pas loin devant mais on aurait préféré rester deux milles devant comme on était en arrivant sur la côte africaine. La position de chasseur est pas mal aussi mais ça va se jouer à très peu de choses, à quelques milles près, donc chaque mille perdu est dur à regagner par la suite. Il reste un peu de route donc on a le temps de voir ça et de leur mettre la pression comme ils l'ont fait avec nous. On voit les feux de Gedimat pile dans l’axe devant nous»

Cette fois encore, il ne faut pas se fier au pointage officiel concernant la première place, occupée ce matin à 5h par Cuisines Ixina : ce bateau est certes plus proche de la route directe mais celle-ci n’est pas pertinente en raison d’un anticyclone installé sur l’Atlantique. Et puis, Cuisines Ixina navigue deux fois moins vite et surtout 435 milles plus au nord que Gedimat, soit plus de 800 kilomètres ! Ce « leader » officiel est encore au nord des Canaries, alors que la « vraie » tête de la course (en fonction de la route météo que suit d’ailleurs la totalité de la flotte à cette exception près) est déjà tout près de la Mauritanie…

La Mauritanie où il faut maintenant négocier une zone interdite décidée par la direction de course pour raisons de sécurité (présence éventuelles de pirates). Explication de la direction de course : « La Mauritanie est listée par le Ministère des Affaires Etrangères comme étant une zone à risques. Un corridor virtuel de 35 milles de large a donc été défini dans un souci de sécurité pour les équipages en course. Ce corridor interdit à la navigation débute 15 milles au nord de la frontière mauritanienne et court jusqu'à Saint Louis du Sénégal. »

A l’attaque de l’Atlantique aujourd’hui ?

C’est ce qui explique qu’après avoir rasé les côtes africaines (au point de faire des photos de kitesurfeurs comme disait Erwan Tabarly à la vacation hier !), les « vrais » leaders que sont Gedimat et Agir Recouvrement incurvent maintenant légèrement leur route vers l’ouest. Le skipper de Gedimat commente ce matin : « Nous avons dû lofer un peu pour respecter cette zone ».

Reste la grande décision à prendre : quand sera-t-il vraiment opportun d’opérer un virage franc vers le grand large pour s’attaquer à la traversée de l’Atlantique ? C’est la problématique essentielle en ce début de deuxième semaine de course. « L’empannage est pour bientôt, on est en train de se torturer les neurones avec Erwan sur ce sujet. Ce sera peut-être dès aujourd’hui » explique Thierry Chabagny, qui ajoute « Je vois Agir par notre travers, alors que le jour se lève. On a mieux navigué que lui hier et nous sommes allés un peu plus vite. Son jeu sera de faire l’inverse de nous, du moins différent. Peut-être qu’ils iront chercher encore plus sud ou au contraire qu’ils tourneront à droite avant nous. On verra bien… »

Que Gedimat soit passé de la position du chasseur à celle du chassé est très intéressant aussi. Sachant que tout le monde dispose du même bateau, avoir un adversaire aussi coriace tout près est une bonne chose car cela oblige à l’excellence en termes de vitesse… et met donc dans les meilleures dispositions pour éventuellement creuser l’écart sur les bateaux derrière. En tout cas, le duel en tête est extraordinaire. Un ancien vainqueur de la course, Fabien Delahaye, a été questionné par l’organisation hier. Il a déclaré : « On sent l'expérience en tête. Gedimat pousse fort. Des bateaux aussi serrés à ce stade de la course, ça promet pour la suite ! ». A la question de son trio de favoris pour le podium final à St Barth, il a même mis un petit coup de pression amical à ses collègues Figaristes de Port-la-Forêt : « Gedimat, Agir Recouvrement et Bretagne CMB Performance. Sur cette traversée sur un monotype, avec le niveau qu'il y a, ça va être dur de bousculer le trio de tête. » Du côté des supporters de Gedimat, on signe des deux mains pour qu’il ait raison, mais il reste deux semaines de mer et tout l’Atlantique devant les étraves. Largement le temps de vivre de nouvelles émotions. Surveillons déjà le timing de ce fameux virage à droite pour traverser l’Atlantique, il est imminent.

En bref : Des conditions enfin plus clémentes

Après la tempête de la première semaine, la vie s’améliore à bord de Gedimat, comme l’explique Thierry Chabagny : “Les nuits sont encore frisquettes, mais dans la journée ça commence à chauffer. Hier après-midi nous avons pu nous laver et même naviguer en short. En bon Breton qui sort de l’hiver, Erwan a même réussi à prendre un coup de soleil sur la nuque ! Le jour se lève tout juste et on vient d’avoir une nuit superbe, très claire, sans un seul nuage. La mer s'est calmée un peu. On a encore eu des rafales à 30 nœuds cette nuit, mais le vent moyen a quand même bien molli, autour de 25 nœuds. Nous sommes sous grand spi depuis hier matin et ça file toujours. Il y a beaucoup de plaisir à barrer Gedimat dans ces conditions… »

Transat AG2R La Mondiale  //  11/04/2016
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