Thierry Chabagny en confiance à deux jours de la fin

En plein doute au début de l'année, Thierry Chabagny a complètement inversé la spirale et navigue en pleine confiance. Vainqueur de quatre manches et d'un podium d'étape sur cette Generali Solo, et cinquième au classement général, il a brillé encore sur l'étape Beaulieu-sur-Mer-Sète… Et le skipper de Gedimat attend avec impatience les deux derniers jours de course.

Cette dernière étape de large a été qualifiée de "diabolique" par certains de tes collègues. C'était vraiment le cas?
"Diabolique non, mais elle était très dure ! En tout cas elle s'est courue dans très peu de vent, mais surtout avec énormément de phases de transition vraiment délicates. Il y a eu plein de moments où tu finissais par avancer un peu dans la pétole, tu repartais, et puis tu t'arrêtais de nouveau… C'est très stressant, surtout quand tu es devant, ce qui était mon cas. Car tu as beau avoir tes schémas en tête, tu te demandes toujours si le vent ne va pas rentrer un peu plus tôt de l'autre côté du plan d'eau et anéantir tous tes efforts. C'est un jeu de positionnement permanent, parfois hasardeux et toujours stressant. Lundi matin j'étais en tête avec un petit break d'un demi-mille, grâce à une belle option. J'étais content. Tout est remis en cause très vite, mais je parviens aussi à revenir et passer quatrième à la marque des Mèdes, après la traversée du golfe du Lion. Je suis dans le coup grâce à un bon empannage. Avec trois autres bateaux on a même un peu d'avance mais le résiduel du vent thermique de nuit ne tient pas et mardi est une sale journée, la pire de cette Generali pour moi : ceux qui sont allés à la côte repassent devant et c'est dur pour le moral. Surtout qu'on alterne le spi et le génois toute la journée dans un clapot de face qui anéantit la moindre vitesse que tu peux prendre. Je parviens malgré tout à faire un petit décalage… Et quand le vent rentre enfin à 50 milles de l'arrivée tout va bien, je suis très bien placé. Après, il y a un fait improbable : sur ma cartographie électronique, la position de la bouée d'atterrissage à Sète n'est pas actualisée. J'ai une erreur de 5 milles et je suis obligé de lofer de 30 degrés à 10 milles de cette marque à respecter ! Evidemment, c'est terrible en trajectoire et les quatre bateaux qui étaient par mon travers arrière se retrouvent juste devant moi. J'étais vert… Dans le louvoyage final, je réussis à reprendre un bateau pour terminer 6e  mais sans cette erreur de bouée j'étais au moins sur le podium. J'étais à mille lieues d'imaginer une chose pareille! Mais ce que je vais retenir c'est que du point de vue navigation, le bateau va vite et surtout chaque fois qu'il y a eu un coup à faire, je l'ai bien fait."

A deux jours de la fin de cette Generali Solo, on te sent encore très motivé…
"Le 'money time' approche. La course n'est pas finie, on peut encore très bien courir trois manches par jour. Donc c'est comme s'il restait une régate de coefficient 6. Je suis 5e au général… la place de 4e est à portée de fusil. Ce sera plus compliqué de grimper sur le podium, même si c'est encore jouable mathématiquement. Mais je ne veux pas faire de calculs pour le moment, on verra à la fin. Je peux aussi bien gagner deux places qu'en perdre quatre ou cinq, le résultat comptable dépend aussi des résultats des autres, c'est le jeu de la course aux points."

Tu as déjà gagné quatre manches… donc tu peux récidiver ?
"Exactement. Gagner quatre courses de Grand Prix en Figaro, cela ne m'était jamais arrivé encore sur la même épreuve. Ce n'est pas rien et quand on regarde la course dans le détail, j'étais bien dans le coup aussi sur chacune des grandes étapes de large. Et ça aussi, c'est vraiment satisfaisant. J'ai inversé la tendance par rapport au début de saison où j'étais en perte de confiance. C'est quelque chose d'incroyable de gagner une manche, c'est magique, tu ressens une vraie explosion de joie au passage de la ligne ! Et surtout, quand tu sais que tu peux le refaire, ça devient un jeu très très motivant. Je crois que Michel Desjoyeaux a dit 'je ne sais pas si je gagne parce que j'aime ça ou si j'aime ça parce que je gagne', mais il y a un peu de ça. Il y a une spirale positive quand tu gagnes. On fera le bilan plus tard mais ce n'est pas si mal pour cela cette Generali Solo : j'ai débloqué le compteur, je sens bien que j'ai progressé notamment sur les bananes où je prends de bien meilleurs départs et où je fais souvent un bon premier bord de près. Encore une fois j'ai vraiment bien plus confiance en moi. Il faut que je continue dans cet esprit-là, à bien me concentrer et on verra bien."

A quelle météo s'attendre pour ces deux derniers jours de régates?
"Demain vendredi, il y aura de la Tramontane : on aura peut-être 20 à 25 nœuds de nord-ouest le matin et qui risque de mollir autour de 10 à 15 nœuds dans la journée. Samedi encore un peu moins de vent le matin et qui pourrait s'essouffler complètement dans l'après-midi avec la chaleur et l'apparition du vent thermique. Donc on peut imaginer des manches plutôt sportives vendredi mais dans le petit temps samedi. On fera avec."

Generali Solo  //  10/10/2013
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