Thierry Chabagny et son Gedimat toujours dans le match

Thierry Chabagny a sauvé en même temps une belle 8e place à l'étape et son rang de 5e au général, la nuit dernière à Saint Gilles Croix de Vie. Une vraie performance quand on sait que le grand spi de Gedimat s'était déchiré dès sa première heure d'utilisation dans cette étape. L'espoir demeure donc pour la dernière manche qui partira dimanche vers Cherbourg, en passant par les côtes anglaises.

Au départ de Gijon, tout allait très bien…

"Avec les infos météo que nous avions, on savait qu'il fallait traverser une zone de vents faibles et que peu à peu nous aurions ensuite du vent de sud-ouest portant qui nous mènerait rapidement jusqu'en Bretagne, sur un bord quasiment tout droit. Il y avait donc de la pression sur le parcours en baie de Gijon, car tout pouvait se jouer là. J'ai pris un très bon départ, du bon côté du plan d'eau. J'étais deuxième à côté de Gildas Morvan, vraiment à son contact. J’avais rempli mon contrat qui était de partir dans les tout premiers et j'avais tout le plan d'eau devant moi pour me positionner. Ensuite, l'idée était de faire une route la plus nord possible pour accrocher, dans les premiers, ce nouveau vent de sud-ouest. Tout ça se passe bien aussi de ce côté-là : quand j'arrive dans la molle, je suis au bon endroit dans le bon paquet, 3e ou 4e. Ensuite je touche comme prévu le sud-ouest qui se renforce petit à petit, environ 15 nœuds. Mais dès la première heure sous spi, vers une heure du matin, j'entends le bruit de craquement fatidique : grand spi déchiré. J'avais du mal à le croire!"

Comment as-tu réagi à cette avarie?

"Obligé de passer sous petit spi tout de suite, je n'avais pas le choix. C'est un gros coup au moral, j’ai pris une vraie claque et c'était d'autant plus dur que j'étais devant. C'est hyper frustrant car je n’étais plus à armes égales, je me faisais littéralement marcher dessus. Je voyais ceux de derrière se rapprocher sans pouvoir faire grand-chose, à part régler le mieux possible ce petit spi qu'on n'utilise jamais dans cette plage de vent normalement. La frustration est énorme, je redescends vite dans le peloton, dans le groupe des dixièmes à quinzièmes.  Je me disais 'c'est pas vrai', je ruminais… Et puis, à un moment, je me rends compte que j'arrive à faire quasiment jeu égal avec certains bateaux qui ont encore leur grand spi. Je me bats avec ce que j'ai et à l'approche de l'Occidentale de Sein, je fais un petit décalage pour récupérer la renverse de courant. Ce coup-là fonctionne, je réussis à me refaire quelques places… Mais je les reperds quand ça repasse sous spi. Je réussis ensuite à redoubler un ou deux bateaux mais surtout je fais l'extérieur du virage dans le raz de Sein, un peu plus à l'ouest que tout le monde mais là où le courant est le plus fort. Je sais que cette option va me placer au large de la flotte mais c'est ce que je veux… et je profite de cette position très longtemps, quasiment jusqu'à Belle-Ile. Je me suis tenu à cette stratégie de rester au large des autres et ça a marché. Ensuite, c'est du reaching sous génois et je reprends encore du terrain, alors que c'est rare à cette allure. Ma seule angoisse était que le vent adonne et m'oblige à de nouveau envoyer le spi. C'est arrivé mais à seulement 12 milles de l'arrivée. Au final, je sauve une place de 8e et ma 5e place au général. La fin était stressante, je regardais sans cesse les compteurs pour voir diminuer la distance au but. Sachant d'où je viens, je suis content d'avoir sauvegardé mes chances."

Oui car de l'extérieur, on estimait que tu aurais dû avoir dix milles de retard à Sein, avec ce seul petit spi. Qu'en penses-tu?

"C'est que je comptais aussi… et même un peu plus ! Un moment, avec le jeu du courant en plus, j'ai craint de prendre 15 milles de retard et cela pouvait être un véritable scénario catastrophe.  En fait, je n'ai jamais eu plus de 4,9 milles de retard. Donc d'un côté j'ai la satisfaction d'avoir bien sauvé les meubles et de l'autre j'ai forcément des regrets, parce que quand tu es compétiteur, tu te dis toujours qu'à armes égales tu aurais fait une meilleure performance.  Ce sont des circonstances où il faut essayer de positiver  toujours, voire devenir fataliste et exploiter au mieux les atouts dont tu disposes."

Au final, Gedimat reste dans le match et la Solitaire va se jouer sur la dernière étape. Tu es à 26 minutes du podium et 56 minutes du leader. Tout est encore possible?

"Les écarts sont effectivement très faibles : jusqu'à la douzième place, tout le monde peut encore jouer le podium! J'ai l'impression que j'approche de plus en plus de la vérité. J'ai toujours l'envie, je suis dans le match. Sur cette étape, je pense que l'avarie de spi m’a fait perdre au moins une vingtaine de minutes. Malgré cela, j'ai la chance d'être encore dans le coup avant le départ de la dernière manche. Vivre une telle étape, diminué, motive encore plus pour la suite! Je me dis que si cette fois j'ai tous mes moyens du début à la fin, alors tout est possible. Nous aurons des coefficients de marée plus raisonnables et donc il y aura moins de courant, mais il y a quand même beaucoup de pièges sur le parcours : la côte bretonne, la traversée de la Manche, la côte anglaise. Il y a beaucoup de portions côtières et ce ne sera sûrement pas facile de se reposer mais il le faudra bien pourtant, pour avoir les idées claires. Car la Solitaire du Figaro c'est aussi cela : il y a des endroits où c'est interdiction formelle de dormir… et des endroits où c'est interdiction formelle de ne pas dormir."

Solitaire du Figaro 2012  //  04/07/2012
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