Thierry Chabagny explique une deuxième étape très technique

L'excellent résultat de la première manche est engrangé. Thierry Chabagny est on ne peut plus dans le match : quatrième à moins de 15 minutes du leader Erwan Tabarly alors que le cinquième est à plus d'une heure, le dixième à plus de deux heures, le quinzième à plus de quatre heures… et que la moitié de la flotte accuse plus de six heures de retard ! Reste que cette deuxième manche entre Cowes (île de Wight) et Lézardrieux/Paimpol (départ dimanche à 16h HF) est elle aussi monstrueuse : 475 milles avec des pièges innombrables, à la fois sous la côte anglaise et tout autour de la Bretagne. Courants, cailloux et algues au programme. Heureusement il y aura du vent, comme l'explique le skipper de Gedimat.
Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

A 48 heures du départ de Cowes, quelles sont tes prévisions météo ?

« Normalement, nous allons partir dans un régime d'Ouest/Sud-Ouest soutenu, entre 17 et 22 nœuds de vent. La sortie du Solent (le légendaire bras de mer entre Wight et la côte anglaise) va se faire au louvoyage. Ce sera technique car il faudra jouer les courants dans les bancs de sable, bien se positionner suivant les moments où le courant pousse plus au milieu que sur les côtés, jouer de tout petits coups. Il y aura forcément des croisements un peu chauds ! Ce sera très beau pour le spectacle et très technique pour nous, sous solent ou sous génois. Il ne faudra pas s'enflammer, ne pas faire de bêtises. »

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

A la sortie du Solent, il y a plus de 170 milles sous la côte anglaise pour aller virer la bouée Runnel Stones à la pointe de Land's End, à l'extrémité sud-ouest de l'Angleterre. Comment vois-tu cette portion ?

« Vent contre-courant au début, ça va taper beaucoup sous la pluie ! Ce sera beaucoup de louvoyage en essayant de déjouer tous les pièges de la côte anglaise, tout en tirant des bords. Il faudra savoir gérer le courant qui sera fort - 2 à 3 nœuds - et décider selon les timings de passage s'il vaut mieux aller jouer dans les baies ou pas. Ce sera assez sport, il faudra envoyer du bras, mettre du braquet comme on dit ! Ce sera dur pour tout le monde mais parmi les skippers bien placés au général, on sait tous faire ça. En général ce sont des conditions qui me conviennent bien, j'y suis assez à l'aise. Globalement, il y a du vent tout le temps et ça mollira peut-être juste en arrivant à Land's End, avant un passage du vent au Nord-Ouest. »

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

L'idée est d'être devant, en tout cas de ne pas avoir de retard au moment où il faudra traverser la Manche ?

« Oui, car à ce moment-là on pourra peut-être envoyer le spi dans le nouveau vent qui sera de l'ordre de 10 à 15 nœuds. Et on a souvent remarqué que lorsqu'il y avait des fronts qui se succèdent comme cela semble être le cas, l'élastique avait tendance à se tendre en faveur des premiers sur une transmanche dans ce sens-là. Un mille de retard peut se transformer en cinq milles rapidement… »
 
Et en arrivant sur la Bretagne ?

« On n'échappera pas aux algues, aux laminaires qu'il faudra bien surveiller dans les safrans. Une nouvelle perturbation passe sur nous. On devrait avoir 20 à 25 nœuds de vent pour notre premier passage dans le chenal du Four, mais cette perturbation s'évacue assez vite vers le Nord. Il faudra laisser la chaussée de Sein à bâbord, donc une nouvelle fois bien gérer le courant, puis faire un aller-retour de la baie d'Audierne. En remontant vers le nord, les routages nous indiquent pour l'instant qu'on repasserait le raz de Sein à contre-courant, donc méfiance là encore. Et méfiance jusqu'au bout à nouveau dans le Four puis dans les cailloux en arrivant car ils sont traîtres. Du côté de Lézardrieux, il y a clairement des endroits où tu peux passer par temps calme, mais pas du tout dès que ça déferle… ça promet ça aussi

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Quand allez-vous dormir avec un programme aussi chargé ?

« C’est une des grandes questions ! Peut-être, si c'est stable, en début d'étape sous la côte anglaise. Peut-être pendant la traversée de la Manche. Il faudra bien gérer car après, c'est clair que dans le Four tu ne peux pas, dans le raz de sein non plus et sur l'arrivée non plus ! Ce sera une donnée importante, il faudra savoir engranger du sommeil dès que c'est possible, même si l'étape s'annonce pour le moment courte, avec des simulations qui nous donnent un peu moins de trois jours de mer, au total. Le dernier routage que j'ai fait tourner estime 2 jours et 23 heures (donc une arrivée mercredi). »

Solitaire Bompard Le Figaro 2016  //  24/06/2016
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