Thierry Chabagny / Gedimat : « En apnée jusqu'à Roscoff »

Le départ de la 44e édition de la Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire sera donné le 2 juin prochain de Bordeaux. Au menu : 4 étapes entre la France, le Portugal et l’Espagne, des villes-étapes inédites, 1938 milles à parcourir, pour une course mythique qui s’annonce difficile en tous points. Parmi les 41 concurrents -dont d’anciens vainqueurs prêts à réaffirmer leur hégémonie- Thierry Chabagny courra sa 12e Solitaire du Figaro, la troisième déjà sous les couleurs de Gedimat. Après avoir participé à la Solo Arrimer et à la Solo Concarneau (dont il a terminé respectivement 2e et 10e au classement général), le skipper s’est entraîné un maximum au Pôle France de Port la Forêt, se mesurant sans cesse à ses futurs concurrents et préparant son bateau dans les moindres détails. Il se sent désormais prêt à entamer la dernière ligne droite avant le grand départ.

Thierry, parle-nous un peu du parcours. La première étape entre Bordeaux et Porto est totalement inédite…
« Ça commence très fort en effet ! Au départ de Pauillac jusqu’à l’estuaire de la Gironde, il faudra gérer le courant, très violent dans cette zone, les bancs de sables nombreux et mouvants, les concurrents dans un mouchoir de poche, tout en respectant le balisage. Bref, la vigilance et l'envie de s'extraire au plus vite de cet endroit piégeux feront de ce départ un moment intense et particulier. Ensuite c’est l’ouverture sur l’océan et un parcours que l’on n’a pas l’habitude de pratiquer car on traversera le Golfe de Gascogne d’est en ouest (et non du nord au sud comme d’habitude), il y aura surement des coups à faire. Puis, suivant la météo la route sera au large ou le long de la côte espagnole si le vent est faible, et nous pourrions devoir gérer des conditions changeantes notamment dues aux orages fréquents dans les parages. On se présentera ensuite devant le Cap Finisterre, point de passage obligé, et non des moindres, du parcours. C’est un endroit mythique, qui s'apparente plus aux falaises irlandaises qu'à la côte ibère ! Mais c’est surtout une zone particulière pour la navigation : les vents et la mer peuvent y être très forts mais à l’inverse, s’il y a peu de vent c’est également très piégeux…

Cette première étape peut décider du classement final, il ne faudra pas se louper ! »

Ensuite, deuxième étape entre Porto et Gijon…
« Sur le papier, cette deuxième étape semble moins impressionnante. Mais il ne faut jurer de rien ! Après la remontée vers le cap Finisterre, nous devrons aller chercher une bouée météo dans le nord de la côte espagnole. Cette fois-ci nous atterrirons sur la côte espagnole du nord au sud comme nous en avons l’habitude. Le jeu sera sans doute moins ouvert, mais il suffit qu'il y ait des vents faibles à l'arrivée pour qu'elle génère de gros écarts de temps dans le classement.… »

 
La troisième étape entre Gijon et Roscoff marque votre retour sur les côtes françaises…
« J’aime les retours d’Espagne, j’ai souvent été bon sur ces tronçons, espérons que ce sera encore le cas cette année ! On doit traverser le Golfe de Gascogne pour rejoindre la Pointe Bretagne et c’est un grand terrain de jeu où il peut se passer plein de choses. S’il y a une dorsale anticyclonique, cela peut causer de gros écarts à l’arrivée car tout le monde ne va pas l'attaquer de la même manière. S’il y a du portant assez fort, on assistera à une arrivée groupée à la Pointe Bretagne. On sera fatigué car l'escale à Gijon est très courte. Et pourtant il faudra être dessus pour toute la fin de parcours autour du Finistère. Dernière difficulté : l’approche de Roscoff qui, comme toute zone de courants, peut générer des passages à niveaux et donc des jackpots  (ou des suicides) à l’arrivée ! »

Enfin, quatrième et dernière étape entre Roscoff et Dieppe avec une incursion le long des côtes anglaises…
« C’est le money time : certains vont tout tenter et jouer le tout pour le tout dans cette étape de la dernière chance. Comme elle comprend 2 traversées de la Manche et un parcours côtier le long de l’Angleterre avec des courants très forts (coefficient autour de 100) et des passages de caps, et qu’en plus la fatigue accumulée sera très présente, on a tous les ingrédients pour en faire une étape compliquée. Ajoutons à cela l’arrivée à Dieppe qui est connue pour être assez tordue : un cul de sac, des falaises, des courants très forts et le vent qui a du mal à passer de certains secteurs… Cette dernière étape risque d’être rude ! »

Cette année les escales sont raccourcies et les étapes sont toutes longues (entre 436 pour la plus courte et 536 milles pour la plus longue), une nouvelle donne qui va peser ?
« Je pense que l’on va souffrir ! Notamment à l’arrivée à Gijon où l’on ne reste que 2 petites nuits. Cette Solitaire du Figaro crû 2013 va vraiment être une course d’endurance, au moins de Bordeaux à Roscoff. A Roscoff on aura un break un peu plus long pour se refaire une (demie) santé. La gestion du sommeil est un paramètre important dans la gestion de cette course, peut-être encore plus cette année. En fait ça se résume assez bien ainsi : à Bordeaux tu prends une grande inspiration et tu restes en immersion dans ta course jusqu’à Roscoff ! Et après, le Final ! »

  Un mot de tes concurrents. Il faudra cette année compter avec d’anciens vainqueurs qui viennent refaire un tour du côté de la Solitaire. Sans parler des habitués, dont tu fais partie, qui ont leur mot à dire…
« Yann Eliès, Armel Le Cléac’h, et Jérémie Beyou… La dernière fois qu’ils ont participé à la Solitaire, ils l’ont gagnée ! Autant dire qu’ils doivent avoir un capital confiance bien verrouillé… Ils sont prêts grâce à leur participation aux courses d’avant-saison et aux stages à Port la Forêt. A la Solo Arrimer, certains étaient encore en phase de redécouverte, mais là ils ont passé la seconde et seront de redoutables concurrents. Et à l'instar de Mich’Desj (The Sailing Legend, 3 fois vainqueur) ils savent qu’ils peuvent le refaire ! Mais il ne faut pas oublier non plus de gros clients comme Nicolas Lunven (vainqueur en 2009), Fabien Delahaye (2e en 2011) ou encore Morgan Lagravière (2e en 2012), ainsi que quelques jeunes doués qui sortent de l'ombre. Le plateau est très relevé cette année, c’est super excitant parce que ça va forcer tout le monde à élever son niveau de jeu. »

Solitaire du Figaro 2013  //  24/05/2013
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