Thierry Chabagny : « Arrivée samedi soir à Lorient »

A une trentaine d’heures de l’arrivée prévue demain soir samedi à Lorient, il y a un incroyable écart latéral entre les deux options, au nord et au sud, de cette Lorient Horta Solo. Sur Gedimat, Thierry Chabagny a la conviction d’être du bon côté. Ce sera dur de revenir sur les bateaux qui le précèdent dans cette option, mais pas question de baisser les bras.

Thierry tu es allé virer très près de la côte espagnole hier soir, raconte-nous…
« Oui, j'ai viré dans le coucher de soleil, vers 20h heure française, sur la face ouest du cap Ortegal (près de La Corogne). Je suis allé vraiment à la côte, j’étais à 200 mètres des cailloux ! L’idée était d'aller chercher le vent qui tournait à droite, donc j’y suis allé au maximum. Le timing était bon, j'ai attrapé ce que je recherchais, cette bascule du vent à droite, au bon moment. Je n'ai eu besoin de refaire qu'un tout petit virement de recadrage. C’est positif, mais le problème est que c’était encore plus payant pour les bateaux qui précèdent mon Gedimat. Du coup maintenant, je cravache pour tenter de grignoter. Je vois trois ou quatre bateaux et j’essaie de reprendre sur eux mais c’est difficile maintenant, au près tribord amures. Isabelle Joschke et Gildas Morvan sont juste devant… C’est très motivant et ça m’énerve en même temps ! »

Cette course est incroyable, avec le groupe du nord à la latitude de Ouessant pendant que vous quittez l’Espagne ! Tu penses être du bon côté ?
« C’est simple : ceux du nord sont tellement loin que c’est compliqué de faire des simulations avec eux ! Ceci dit, oui, je crois être du bon côté. C’est spectaculaire à suivre vu de l’extérieur, Gildas Mahé et les autres ont tenté un coup énorme, mais je ne vois pas comment ils peuvent s’en sortir là-haut. C’est bien de l’avoir tenté, mais tous les modèles indiquent que de notre côté nous aurons du vent jusqu’au bout, en restant toujours dans l’est d’une dorsale anticyclonique, alors qu’eux risquent fort deux choses : d’une part devoir traverser la dorsale sans vent et d’autre part être au louvoyage à tirer des bords pour finir. Normalement, pour eux ce sera la double peine. Pour qu’ils s’en sortent il faudrait que la dorsale vienne littéralement s’écraser sur nous… mais rien n’indique ça.»

Quelles sont les conditions en ce moment et quand penses-tu arriver à Lorient ?
« Là je suis au près serré dans 18 noeuds de vent, il fait beau et la mer est belle. C’est clair que ça change des trois jours un peu violents qui nous ont secoués après le départ ! Nous aurons peut-être un petit recadrage vers l’Est à faire cet après-midi, toujours pour éviter de s’engluer dans cette fameuse dorsale sans vent. Mais je pense que nous aurons du vent jusqu’à la fin. Nous pourrions arriver vers 20h demain samedi à Lorient. »

Gedimat est 8e, dans le premier groupe de chasseurs. Une chance d’améliorer le classement d’ici demain soir ?
« Il y a toujours une chance ! Mais c’est difficile car au près sur un seul bord nos bateaux ont des vitesses très similaires et il faut beaucoup de temps pour gagner 200 mètres… Autrement dit 3 milles c’est à la fois très peu et beaucoup dans ces conditions. Je vois les bateaux devant moi, mais j’ai du mal à leur reprendre du terrain pour l’instant. La course n’est pas finie… Et nous arriverons demain en soirée, au moment où le vent thermique tombe complètement ce qui peut donner du jeu dans le final. Il peut se passer encore beaucoup de choses. Voilà sept jours que nous sommes en mer, ce n’est pas le moment de lâcher le morceau. »

Justement après sept jours en mer comment vas-tu en t’attaquant à cette remontée du golfe de Gascogne ?
« Je vais bien, pas de souci. La route commence à être un peu longue, mais il y a la perspective d’arriver demain qui motive encore un peu plus. Ce n’est pas désagréable de pouvoir enfin passer du temps à la table à cartes sans te faire arracher du siège, voire d’écouter un peu de musique en barrant sur cette belle houle. Les plus grandes avaries du bord sont que je n’ai plus de petit déjeuner et que je commence à être limite en tablettes de chocolat ! »

Lorient Horta Solo  //  26/09/2014
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