Thierry Chabagny : « il peut y avoir de gros écarts »

Après quatre jours d’escale en Angleterre qui ont permis de se reposer un peu de la fatigue accumulée depuis le 31 mai, Thierry Chabagny prendra demain dimanche le départ de la quatrième et dernière étape de cette Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire 2015, où Gedimat a été très en vue. Cette ultime manche entre Torbay et Dieppe s’annonce longue et compliquée. Mais le skipper de Gedimat veut finir sur une bonne note, grappiller encore une ou deux places au classement général… Et, pourquoi pas, finir comme il avait commencé l’épreuve.

D’abord cette escale anglaise t’a-t-elle permis de bien récupérer?
« On récupère, oui. Je pense d’ailleurs que certaines erreurs vues sur la troisième étape étaient directement liées à la fatigue. On a vu des talonnages chez des gens qui savent très bien faire du bateau, par exemple. Là ça n’a rien à voir, même si on sait très bien qu’il faut beaucoup plus de temps pour récupérer complètement d’une Solitaire. Les médecins disent que ça prend trois mois, nous on la sent encore un mois et demi après la fin de la course. Et je pense qu’on arrivera exténués aussi à Dieppe, l’étape qui nous attend est très copieuse : 600 milles c’est très long… Et ce sera très compliqué, avec peu de vent en moyenne. C’est un très gros morceau. »

Comment se présente cette dernière étape, qui est la plus longue de cette édition 2015 ?
C’est une sorte de très grand parcours côtier entre les côtes Anglaises, la mer Celtique, le Bristol Channel et la Manche. Des segments courts, du courant, des effets de site à de nombreuses pointes… Ce n’est pas du tout la même chose que de traverser le golfe de Gascogne ! Il y aura beaucoup de points de passage importants, beaucoup de changements de direction, des segments courts…Il faudra être dessus et ne pas baisser la garde. Il faudra faire très attention dans le channel de Bristol, le long du Pays de Galles pour aller virer l’île de Lundy. Il y a des points chauds un peu partout, à commencer par s’extraire de la baie, puis tous les caps importants comme Start Point, Bill of Portland, Land’s End, etc. La météo est à préciser mais à priori le seul moment où on aura du vent soutenu sous spi serait se la pointe sud de l’Angleterre à Lundy. Ce sera je pense le seul moment d’une course de vitesse pure, tout le reste sera technique et tactique dans des vents relativement faibles. »

Les conditions météo et le profil de l’étape paraissent propices à créer de grands écarts ?
«Je le pense, oui. A part ce passage vers Lundy, la météo est quand même globalement anticyclonique et tout le reste de cette étape devrait se jouer entre zéro et 14 nœuds de vent. Avec des zones où il n’y aura pas de vent du tout. Aujourd’hui quand tu lances un routage théorique sur l’ordinateur, il n’arrive même pas à traverser la Manche à l’horizon de jeudi prochain ! Des zones de molle devraient traverser la zone de navigation plusieurs fois. Et le long des côtes anglaises on devra jouer avec du vent thermique. Je pense qu’il va y avoir beaucoup de jeu… Et qu’il y aura des écarts très importants à l’arrivée à Dieppe. Une renverse de marée peut parfaitement bouleverser la donne et on va passer quatre nuits en mer. On sait aussi que dans ces conditions, même la traversée de la Manche et le final de Dieppe sont aléatoires. »

Dans ta position de 7e au général et déjà vainqueur d’une étape, quels objectifs te fixes-tu ?
«Comme toujours : bien naviguer, être en phase avec la météo... Et prendre du plaisir ! C’est tellement long 600 milles qu’il faut un peu de plaisir pour bien naviguer ! On est un groupe de quatre bateaux à jouer entre la 6e et la 9e place, il va forcément y avoir du jeu entre nous… Et pourquoi pas de la place pour tenter mieux encore. Maintenant, je ne vais pas faire n’importe quoi non plus, car globalement je fais un Figaro correct mis à part la deuxième étape, je ne vais pas tout gâcher. Je n’ai pas envie de finir 32e au général l’année où je gagne une étape. Mais s’il y a de la place pour tenter un truc, bien sûr que je n’hésiterais pas. Dire ça avant ne sert à rien, c’est la réalité sur l’eau qui décide. »

Et puis Gedimat pourrait aussi gagner une deuxième étape ?
« Ah ça ce serait une belle histoire de gagner la première et la dernière ! Je sais maintenant que j’en ai le potentiel, je sais aussi où je dois encore régler quelques petites choses. On verra bien, ce qui est sûr c’est qu’il ne faut jamais se décourager. »

Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire  //  20/06/2015
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