Thierry Chabagny : « Il va falloir être malin »

Après une première étape en mode convoyage pour cause de tempête et quatre jours de récupération à Horta, c'est déjà le moment de quitter les Açores pour Thierry Chabagny. La course va se jouer uniquement sur le retour vers Lorient. Départ aujourd'hui vendredi 19 septembre à 15h heure française. Le skipper de Gedimat explique comment il voit cette dernière grande bagarre de la saison en Figaro Bénéteau 2.

Thierry, vous êtes passé du mode "survie" au mode "récupération" en quelques jours… Et il faut maintenant redevenir un coureur au large pour le retour Horta-Lorient. C'est une situation un peu étrange...
"C'est exactement ça ! On repasse en mode course avec un départ à 13h locales ce vendredi, donc à 15h pour vous en France. Je suis prêt, le bateau est opérationnel après réparations des petits pépins techniques de l'aller. A moi de jouer. C'est la dernière bataille de la saison : 1130 milles à faire, cela représente environ 7 jours et demi de mer d'après les derniers routages. Je vois ça un peu comme une master-étape de La Solitaire du Figaro."

Quelles sont cette fois les données du problème côté météo?
"Les fichiers changent tous les jours, ce n'est pas très simple, voire un peu tordu. Ce qui parait probable c'est que nous partirons tout à l'heure dans du vent assez mou. La situation générale est que nous sommes sous l'influence du cyclone Edouard qui est parti des Antilles voilà quelques jours. Il n'y a pas de phénomène dangereux car il se comble peu à peu et restera toujours dans notre ouest, mais nous serons sous son influence ce soir et demain samedi. Cela devrait nous donner du vent de sud/sud-est. Nous ne serons donc pas trop déventés par les îles de l’archipel comme on a pu le craindre un moment, je pense que nous pourrons envoyer les spis dès le départ."

Quelle trajectoire est envisageable, alors?
"Je pense que nous allons devoir rallonger la route en montant plein nord pendant 30 à 36 heures, avant de pouvoir virer et redresser la trajectoire. Il y aura un passage de front au début, ça peut être relativement soutenu mais le vent ne devrait pas dépasser les 25 noeuds. Il y a une plus grosse incertitude sur l'arrivée, avec la possibilité d'une dorsale et donc de zones de vent mou, voire de pétole. Ce qui est sûr c'est que le jeu va être ouvert. Ce sera intéressant."

Justement, d'un point de vue stratégique quelle est l'idée ?
"A mon avis il faut bien prendre en compte la longueur de cette course. Cela veut dire ne pas vouloir être forcément devant tout le temps mais anticiper plusieurs coups à l'avance. Il ne faut pas se tromper, cette Horta-Lorient est un gros morceau qu'il faut envisager un peu comme une "petite transat" ou si vous préférez une très grosse étape de La Solitaire. Tout le monde a envie de bien faire, moi le premier, pour terminer la saison en beauté. Il faut la jouer à fond et ne pas avoir peur de prendre des risques sur plusieurs coups stratégiques pour en tirer des bénéfices à long terme. Quand tu es en flotte comme ça, tu es toujours attiré par le court terme - à savoir rester devant les autres coûte que coûte - mais sur celle-ci il faut voir plus loin. Sur un parcours d'une semaine, il faut être capable d'imaginer où tu veux être par rapport à la flotte cinq jours après le départ. C'est un jeu passionnant. Il va falloir être malin ! "

Lorient Horta Solo  //  19/09/2014
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