Thierry Chabagny : « J’ai choisi mon camp »

A la fin du quatrième jour de mer, les conditions sont encore musclées sur la Lorient Horta Solo : plus de 30 noeuds de vent de travers, une mer inconfortable et une trajectoire très longue par rapport à la route directe. A bord de Gedimat, Thierry Chabagny, 8e du classement actuel, raconte.

Quelles sont les conditions en ce moment ?
« Le vent avait un peu molli mais c’est reparti fort. Actuellement je suis attaché, cagoulé dehors et ça mouille terriblement, j’ai 32 noeuds de vent sur une mer défoncée. Au vent de travers, on prend des paquets de mer dans la figure en permanence. C’est vraiment sportif… ça devrait mollir un peu dans la journée, puis plus régulièrement en s’approchant des côtes espagnoles. »

Parce que vous allez devoir vous approcher des côtes espagnoles ?
« Les modèles météo nous font en effet quasiment aller jusqu’à la Corogne, au cap Ortegal, avant de virer et de devoir traverser le golfe de Gascogne au près… jusqu’à probablement une zone de vents faibles pour l’arrivée à Lorient. Il y a une autre idée dans la flotte, ce sont les bateaux qui jouent la carte de la route directe, bien plus au nord que nous. Le problème pour eux est que, d’après les modèles, ils vont vers une zone de pétole (sans vent). Nous, nous essayons de contourner cette zone en espérant que les modèles météo voient juste. Il y a ces deux idées aujourd’hui. J’ai choisi mon camp. Maintenant, les modèles peuvent aussi se tromper : quand j’ai terminé 2e de la Solitaire du Figaro voilà quelques années, j’étais parti dans l’ouest alors qu’ils indiquaient d’aller dans l’est. J’espère que les modèles ont progressé depuis… et que cette fois ils ont raison !»

Après avoir fait 350 milles plein nord en début de course puis cap à l’est, il vous faudra donc remonter au près à travers le golfe de Gascogne… La route est longue !
« C’est clair que par rapport à la route directe, on fait une espèce de trajectoire en forme de « S » qui est une des plus longues qu’on pouvait imaginer ! C’est la météo qui veut ça : comme je disais, il y a une dorsale anticyclonique, donc peu de vent, qui se profile sur l’axe entre Lorient et les Açores et nous on essaie de la contourner par le sud. Aujourd’hui, on n’imagine pas arriver à Lorient avant la nuit de samedi à dimanche… Et tout peut très bien se jouer sur la fin de course, à cause d’une zone de vents faibles qu’on voit pour l’instant à l’approche de Lorient. Cette course est très loin d’être terminée ! Il faut cravacher, barrer sans relâche et bien se reposer pour faire les bons choix… »

Beaucoup se plaignent d’un souci avec le compas du pilote automatique qui donnerait par moments un cap fantaisiste au point parfois de faire virer le bateau tout seul. Tu as eu ce problème ?
« Oui, j’y ai eu droit aussi ! C’est très handicapant évidemment car tu perds beaucoup de terrain et d’énergie à chaque fois, sans compter que tu peux abimer ou déchirer tes voiles. Mais je ne l’ai plus car je l’ai résolu en remplaçant ce compas avec celui que j’avais sur mon pilote de secours. La réparation était délicate car j’ai dû bricoler dans les boitiers informatiques, de nuit avec le bateau qui tape et les doigts humides… Mais maintenant tout fonctionne normalement et je n’ai plus ce pépin, alors que j’ai encore vu deux bateaux faire demi-tour quelques instants ces dernières heures de manière incontrôlée ! Je suis bien content d’avoir réussi cette réparation qui me permet de naviguer normalement et aussi de me reposer sans crainte. Je suis à 100%... »

Physiquement, comment vas-tu à la fin de ce quatrième jour en mer ?
« De mieux en mieux. Les deux premiers jours étaient vraiment durs : sous spi et « sur la tranche », une mer formée, beaucoup de manoeuvres à effectuer et le pilote qui faisait des siennes. Mais depuis que nous sommes sur le bord vers l’Est et que j’ai réparé mon pilote, tout va de mieux en mieux : j’ai réussi à bien récupérer, à dormir la nuit et à m’alimenter correctement. Je suis d’attaque… Et tant mieux car il va se passer beaucoup de choses d’ici l’arrivée ! Il reste encore beaucoup de route, c’est une course exigeante…»

Lorient Horta Solo  //  23/09/2014
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