Thierry Chabagny : « J'ai envie de jouer la gagne»

C'est dimanche à 15h que sera donné le départ de la troisième étape de la Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire : Roscoff-Les Sables d'Olonne, via une marque de parcours au milieu du golfe de Gascogne et une autre dans l'estuaire de la Gironde. Pour le skipper de Gedimat Thierry Chabagny, 9e à 39 minutes du leader, cette manche de 500 milles nautiques pourrait bien s'avérer décisive.

Qu'est ce qui caractérise cette troisième étape entre Roscoff et Les Sables d'Olonne ?
« Elle est variée, c'est un mélange de côtier et de large. C'est la troisième, on entre dans le dur : d'expérience il y a un brin de fatigue qui est forcément présente dans le corps de tous les coureurs. Même si on ne veut pas se l'avouer, nous avons deux étapes derrière nous. On commence aussi à monter en pression par rapport aux enjeux, alors que nous n'avons fait que la moitié de la route jusqu'à l'arrivée finale à Cherbourg. La troisième étape est souvent un moment clé de la Solitaire. »

Quelles conditions météo sont prévues ?
« L'anticyclone centré sur l'Irlande va nous donner un vent de nord-est de 15 à 18 nœuds sur le départ. Nous partons de Roscoff en fin de marée montante. Il faudra peut-être aller chercher un peu les cailloux pour le contournement de l'île de Batz. Jusqu'à Portsall et le début du chenal du Four, nous aurons le courant favorable. Au phare du Four, ça commence à renverser à terre. Il faudra probablement se protéger, surtout que le vent de nord-est sera forcément perturbé par la terre en mer d'Iroise. Il y aura des choses à faire sur notre terrain de jeu habituel ! La première nuit, c'est sûr qu'on ne va pas du tout dormir. Ensuite, après Belle-Ile, le vent ne fait que mollir. Les deux grands bords de large de 150 milles, vers le milieu du golfe puis vers la Gironde, peuvent se jouer dans du vent bien plus faible. Sur la dernière portion côtière vers Les Sables, c'est encore trop tôt pour le dire : nous n'y serons que mercredi. »

D'un point de vue stratégique, quel scénario est envisageable ?
« Jusqu'à Belle-Ile où nous serons lundi midi, il n'y a pas de grandes options à tenter, juste à bien choisir ses trajectoires et nous ferons peut-être un peu le petit train. Mais à Belle-Ile, le vent va mollir à 6 à 8 nœuds et le choix du moment où on prend le virage pour aller vers le milieu du golfe de Gascogne sera important. Nous serons logiquement sous spi, mais en tirant des bords de vent arrière. La flotte peut très bien s'éclater complètement. Donc là il y aura du jeu et aussi des petites bascules de vent à bien négocier. Il y a en effet des petites dépressions dans le sud du golfe qui vont entraîner des variations du vent. Il faudra être très attentif. Puis, ce sera le bord de près pour aller vers la bouée BXA dans l'estuaire de la Gironde. Et là, pour le moment les fichiers ne sont pas d'accord : certains routages disent d'aller à fond à gauche... et d'autre à fond à droite ! C'est un peu loin encore, je pense que nous y serons mercredi matin. Il restera ensuite la dernière portion côtière vers Les Sables, où il faudra composer de nouveau avec les effets de site et peut être le vent thermique, sachant que certains modèles météo nous donnent une arrivée d'étape mercredi soir et d'autre jeudi. En tout cas ce sera intéressant ! »

Dans ta position, 9e à 39 minutes du leader, on a envie d'attaquer ou faut-il surtout préserver les acquis ?
« J'ai envie d'attaquer un peu ! Mais en même temps je n'ai aucune raison de faire n'importe quoi en tenant des options trop aléatoires, puisque je ne suis pas largué au classement général. L'idée c'est de continuer à naviguer intelligemment. Je ne vais pas jouer le marquage des premiers, mais essayer d'être à l'écoute de mes sensations. Il n'est donc pas question de prendre des risques démesurés. En revanche, si je vois une vraie opportunité je n'hésiterai pas une seconde à tenter ma chance. Ce qui est sûr c'est que j'ai envie de naviguer devant, de jouer la gagne. Sur les deux premières, il ne manquait pas grand-chose, mais j'étais toujours un peu dans la position du chasseur. J'essaierai bien celle du chassé, cette fois ! Et puis c'est le moment : on sait bien que sur la dernière étape tous les lauriers sont pour le vainqueur du classement général...  donc quelque part c'est celle-ci qu'il faut gagner ! »

21/06/2014
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