Thierry Chabagny : « s’appuyer là-dessus… »

Déjà leader au classement général, Thierry Chabagny était en tête quand la deuxième étape a été neutralisée hier soir à La Corogne, pour raisons de sécurité météo. Il compte bien s’appuyer malgré tout sur cette nouvelle performance, même si celle-ci ne sera malheureusement pas comptabilisée. Un nouveau départ de cette deuxième étape sera donné demain devant La Corogne, en route directe vers Concarneau.

Quelle est la décision du Comité de Course, après la neutralisation de la deuxième étape à La Corogne et l’annulation de la première partie de la course ? Quelle suite pour La Solitaire?
« Nous avons un briefing ce soir à 17h mais on connaît déjà la décision qui est de repartir pour Concarneau demain mercredi à 13h. Ce sera je pense en route directe, sans marque de parcours vers la Bretagne, à travers le golfe de Gascogne. Nous devrions arriver vendredi.»

Qu’est-ce que ça change du point de vue météo ?
«Beaucoup de choses. Le routage initial était de faire du près dans du vent de Nord-Est jusqu’à la fin. Là, nous partons effectivement au près dans du vent soutenu, mais dès la première nuit une dépression orageuse passe sur la route de la flotte et défonce complètement le champ de vent du golfe de Gascogne. On va se retrouver à naviguer entre cette dépression orageuse dans notre Ouest et un vieux front sans vent dans notre Est. On va donc vite naviguer dans des vents très instables en force et en direction. Et il n’y a qu’à partir de vendredi qu’une vraie tendance Sud-Ouest s’organise ! Cela change tout par rapport à ce que nous avions prévu. On arrivera vendredi soir et ce sera une étape aléatoire, avec de gros écarts à prévoir. Nous partirons bien de La Corogne sous solent dans 25 à 28 nœuds, mais rapidement le vent va tomber et dès la fin de journée il passera en dessous de 20 nœuds. La deuxième partie de la première nuit va être ‘merdique’. Et sous une dépression orageuse, ça va péter dans tous les coins avec de la pluie, des éclairs, des coups de tonnerre… C’est assez infernal dans ces conditions, tu n’arrêtes pas de changer, de ballaster et de matosser dans un sens puis dans l’autre. Le vent est très difficile à prévoir et il faut essayer de ne rien abimer.»

Que penses-tu de la décision d’hier d’annuler la première partie de course et de vous demander de vous abriter à La Corogne, sans faire de pointage ?
« Il y a une réelle déception, parce que j’étais devant et que j’avais des concurrents directs au classement général qui étaient bien derrière. Le bonheur des uns fait le malheur des autres et inversement… J’aurais aimé qu’au moins une porte soit placée à La Corogne pour faire un pointage et comptabiliser ce qui avait été fait jusque-là, d’autant que c’était très exigeant depuis Sanxenxo. C’est rageant. Ceci dit, la sécurité prime sur tout le reste. Il est évident qu’on ne veut pas voir un drame sur cette course, où il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Le juste milieu n’est pas facile à trouver… Mais il faut oublier cela et maintenant repartir de l’avant, même si ce n’est pas facile.»

Tu vas t’appuyer tout de même sur cette superbe première partie d’étape ?
« Oui, car sur cette première partie d’étape j’avais les cartes en mains pour rester devant. Mais l’annulation est indépendante de ma volonté et il faut faire avec. Charlie Dalin est d’ailleurs dans la même situation que moi… mais maintenant c’est ‘balles neuves’ et on repart de zéro. Au moins, j’ai la chance d’avoir gagné la première étape et ça c’est énorme, on ne pourra pas me l’enlever. Je vais tenter d’évacuer cet épisode  de la neutralisation et m’appuyer sur ma bonne façon de naviguer depuis le début de La Solitaire. »

Comment as-tu réussi à t’organiser à La Corogne, où votre arrivée n’était évidemment pas prévue ?
« C’est géré de ce côté-là. Le bateau est à l’abri dans le port et après avoir dormi un peu à bord, j’ai trouvé une chambre d’hôtel pour me reposer dans un vrai lit et recharger les batteries du bonhomme qui en ont bien besoin. L’amarrage était un peu folklorique, notamment parce que nous n’avions pas de matériel sur place, mais on s’est tous donnés un coup de main et ça s’est bien passé. Maintenant, je suis devant la météo et je fais la navigation devant mon écran. J’étudie en détail tous les paramètres pour avoir le schéma bien en tête quand il faudra repartir demain. Je navigue bien depuis le départ de cette Solitaire, je vais essayer de continuer sur ma lancée…»

Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire  //  09/06/2015
Article précédent : « Thierry Chabagny encore devant ! »  //  Article suivant : « Gedimat encore leader au cap Finisterre ! »