Thierry Chabagny : « une première étape en trois séquences»

Le départ de la première étape de la Solitaire du Figaro sera donné demain dimanche à Pauillac. Cap sur Sanxenxo en Espagne, pour une première traversée du golfe de Gascogne d’Est en Ouest. Thierry Chabagny, skipper de Gedimat, explique que pour lui il y aura trois séquences bien distinctes sur cette première manche. Avec une belle difficulté dès le départ : la remontée de la Gironde.

Thierry, parlons d’abord de ta victoire lors des runs de vitesse devant Gildas Morvan et Rob Bunce…
« Tous les bateaux devaient participer à des runs de vitesse devant le village départ de Bordeaux. Je me suis qualifié samedi dernier en remportant ma session, et la finale avait lieu hier à 17h. Et je l’ai en effet remportée ! Même si ces runs ne comptent pas pour le classement, c’est une réelle satisfaction d’avoir gagné. J’ai pris un bon départ, j’ai bien navigué. C’est toujours bien d’engranger de la confiance avant le départ ! »

Revenons à la première étape de la Solitaire entre Bordeaux et Sanxenxo. Quelles sont ses principales caractéristiques ?
« C’est une étape en trois parties, trois séquences distinctes. La première c’est la sortie de la Gironde, où il ne faut surtout pas se rater. Nous serons quarante bateaux dans un espace confiné… Donc il faudra faire très attention à la fois aux collisions et aux bancs de sable. D’autant qu’il y a des endroits où en théorie on se dit que ça peut passer à marée haute, mais dans la réalité  les bancs de sable ne sont pas toujours bien cartographiés. Il faudra être prudent et attentif. Ce sera la première difficulté. »

Surtout qu’il y aura du courant…
« Oui, nous aurons le courant contraire pendant une heure et demie, car le départ est donné en fin de marée montante. Il faudra aller jouer le long des berges et là prudence aussi, surtout si nous nous retrouvons au louvoyage. Donc pendant une heure et demie il faudra jouer les berges et ensuite ce sera la renverse du courant : à ce moment-là, ce sera probablement mieux d’aller jouer au milieu du chenal, car c’est là que le courant favorable ‘poussera’ le plus. Côté vent sur le départ dimanche à 17h, ce sera plutôt au près dans de l’ouest, avec des oscillations. Un coup on sera au près, un coup on sera au louvoyage, avec peut-être même un peu de reaching par moments. »

Ce qui veut dire qu’arriver bien placé au large sera déjà primordial ?
« Absolument. Arriver bien placé à Cordouan serait déjà remplir correctement la première partie du contrat. On n’aura pas encore gagné l’étape… mais au moins on ne l’aura pas perdu ! Il y a deux ans l’un d’entre nous était resté coincé pendant huit longues heures sur un banc de sable… je ne l’oublie pas. »

Et la deuxième partie de cette première étape, alors ?
« La deuxième grande séquence, c’est la traversée du golfe de Gascogne d’Est en Ouest, en gros de Cordouan à la pointe nord-ouest de l’Espagne. Les fichiers ne sont pas encore très bien calés mais on part sur l’ouest d’une dorsale anticyclonique avec du vent de secteur globalement nord-ouest, mais instable : parfois du nord, parfois de l’ouest, voire du sud-ouest. On aura droit à des changements de voile d’avant entre génois et solent et des prises de ris dans la grand-voile : car dans la nuit de lundi à mardi les conditions peuvent être bien musclées dans le passage d’un front où on peut recevoir plus de 35 nœuds de sud-ouest. En tout cas, un modèle météo donne ça, l’autre un peu moins. L’intensité n’est pas encore calée mais on sait déjà qu’il faudra prévoir de réduire la toile. Une fois le front passé, on vire de bord et on pique davantage vers l’Espagne. Derrière, il y aura du nord-ouest et un moment il faudra faire du spi – petit ou grand. Au cap Finisterre, là aussi il peut y avoir du vent fort mais ce sera au portant, ce qui change la donne. Dans la nuit de mardi à mercredi, on devrait commencer à descendre le long de la Galice. »

C’est donc la troisième séquence, à l’ouest des côtes de l’Espagne…
« Oui. Pour le moment, la météo prévoit qu’à cet endroit on se retrouvera avec du vent de secteur nord. Il est donc probable qu’on y ait droit à un jeu d’empannages au vent arrière, histoire de parfaire ce tableau déjà bien fourni. On sait aussi qu’à l’arrivée le vent peut être assez mou… et que ça peut ‘être la foire’ dans la baie de Pontevedra, que peu d’entre nous connaissent. Il y a de hautes montagnes pas très loin qui perturberont le vent, pas mal d’effets de sites. Comme d’habitude, il faudra être le plus frais et le plus lucide possible pour ce final piégeux. D’autant que celui-ci interviendra après trois nuits de mer et une première manche où il est bien difficile de prévoir des moments pour dormir un peu. L’étape est relativement courte, mais il y aura beaucoup de choses à faire, de changements de voile, de mesures de sécurité aussi dans le passage du front. Mais j’ai confiance : j’ai des voiles neuves, le menu me va bien…y’a plus qu’à ! »
 

Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire  //  30/05/2015
Article précédent : « Gedimat deuxième au milieu du golfe de Gascogne ! »  //  Article suivant : « Préparation sportive pour Thierry Chabagny »