Thierry Chabagny : « Là, il y a un peu de boulot... »

La quatrième et dernière étape de cette Solitaire URGO Le Figaro, dont le départ est donné ce lundi à 14h, est un peu le plat de résistance en guise de dessert. Avec ses 505 milles compliqués, du côtier, une double traversée de la Manche et surtout 200 milles d’Ouest en Est sous les très piégeuses côtes anglaises, elle est le col hors catégorie de cette édition 2017. Le skipper de Gedimat explique...

Cette dernière étape n’a strictement rien à voir avec le sprint d’une vingtaine d’heures qu’était la troisième. Là, c’est du très costaud, non ?

« Celle-ci est redoutable. On part pour au moins trois jours et demi voire quatre jours. Ce sera de toute façon trois nuits avec une arrivée estimée pour le moment jeudi soir tard... C’est effectivement très différent de la vingtaine d’heures que nous avons mis à boucler la troisième manche ! On est sur du long cours, avec beaucoup de paramètres et d’effets de site à gérer. Le courant sera une donnée importante puisque les coefficients de marée vont en augmentant, de 55 jusqu’à 90. Il faudra bien jouer avec lui. »

 

Quelles sont les prévisions météo et les grandes données de cette dernière manche ?

« Nous sommes au départ sous l’influence de hautes pressions sur les îles britanniques : un régime anticyclonique qui devrait nous donner des vents d’Est pas très forts. Il y aura des effets de vent thermique par endroits. Après avoir fait le tour des Glénan, le parcours nous ramène vers Penmarc’h puis la chaussée de Sein, qu’on devrait longer un peu comme pendant la deuxième étape, d’après ce qu’indiquent les routages pour le moment. Il faudra peut-être entrer un peu dans la baie d’Audierne pour s’abriter du courant. Le chenal du Four est imposé. On a donc d’abord une partie relativement côtière en mer d’Iroise et on devrait entamer notre première traversée de la Manche une trentaine d’heures après le départ, donc mardi soir. Je pense que ce sera un peu trop serré pour traverser sous spi, mais ça devrait être relativement rapide et on pourra peut-être dormir un peu, dans du vent d’Est-Nord-Est qui se renforce pour atteindre une vingtaine de nœuds.»

 

Il y a du vent jusqu’au phare anglais de Wolf Rock ? 

« A priori il y a du vent tout au long de l’étape, et pas de mauvais temps annoncé donc on ne va pas se plaindre. Mais ce qu’on voit pour le moment c’est que la très longue partie sous les côtes anglaises (une portion qui fait 200 milles de long, (soit plus à elle seule que la troisième étape) risque de se faire dans du vent d’Est : donc au louvoyage à tirer des bords, avec des effets de site très importants comme toujours là-bas. Faudra-t-il rentrer dans les grandes baies anglaises ou au contraire aller chercher au large ? Ce sera une des questions importantes, car on attend un changement de vent qui passera de l’Est à l’Ouest... La transition sera forcément un peu délicate à gérer, il y aura un vrai bon timing à trouver. Sachant qu’en plus ça devrait mollir à la côte et que nous devons aller passer une bouée jusqu’à Owers, dans l’Est de l’île de Wight, avant de traverser la Manche une deuxième fois vers le Havre puis, enfin, de remonter à Dieppe... normalement dans le bon sens de la marée.

 

Un menu très copieux, avec beaucoup d’allures, de conditions différentes, d’effets de site. C’est plus que complet ! 

« C’est clairement le gros morceau de la Solitaire ! Moi ça me va, j’aime bien les étapes très longues où il y a beaucoup de choses à faire. Elle va être très intéressante... mais c’est vrai : il y a un peu de boulot ! »

 

 

 

Comment te sens-tu, physiquement et mentalement avant le départ de ce col hors catégorie ?

« Sur les deux premières étapes j’ai été frustré au niveau résultat. C’était beaucoup mieux à l’arrivée de la troisième où j’ai réussi à scorer (4e). J’espère donc être sur une phase ascendante. J’ai vraiment envie de faire une belle dernière étape, le bateau est à 100%, il n’y a plus de souci et de toute façon il n’y a plus aucun calcul à faire : il faut lâcher toutes ses dernières forces dans la bataille. C’est forcément un peu dur d’y retourner car cette Solitaire a déjà été très exigeante physiquement, mais je sais que dès que le départ est donné, on oublie la fatigue pour se prendre au jeu et tout donner. Et puis, après l’arrivée à Dieppe... j’ai prévu de dormir pendant une semaine entière ! »

19/06/2017
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