Thierry Chabagny peut y croire

Arrivé hier soir à Gijon 7e de la première étape, Thierry Chabagny fait surtout partie des rares skippers à pouvoir croire encore à leur étoile pour le classement général de La Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire. A l'inverse de beaucoup d'autres favoris relégués à deux voire trois heures, Gedimat a moins d'une heure et demie de retard sur le leader Yann Eliès. Et le podium est moins de 30 minutes devant l'étrave de Gedimat, alors que la deuxième étape qui partira samedi vers Gijon s'annonce tout aussi piégeuse que la première…

Thierry Chabagny, 7e à 1h24, pour toi est-ce un bon ou un mauvais résultat?
"Ce n'est pas mal ! Cela fait une place de plus dans les dix premiers sur une étape de La Solitaire et ce n'est jamais facile d'entrer dans ce fameux Top Ten. Je m'en sors plutôt bien et je conserve mes chances au général, ce qui n'est pas le cas de tout le monde car il y a de gros écarts derrière nous : des deux heures, deux heures et demie et plus… Pour Michel Desjoyeaux par exemple c'est dur, car il se retrouve à plus de deux heures alors qu'une fois de plus il a superbement navigué : en sortie de Gironde, il a été le seul à voir une grosse rotation du vent. Dans le Golfe de Gascogne il a été parfait. Moi je m'en sors vraiment bien car à un moment, avant le Cap Finisterre, j'imaginais pouvoir prendre beaucoup, beaucoup de retard, plusieurs heures… Je me suis souvenu de ma première Solitaire du Figaro où sur une étape je suis arrivé comme ça 12 heures après Sébastien Josse et derrière moi il y avait eu des gars hors temps !  Heureusement, le petit retour du vent d'ouest un peu avant l'emballage m'a sauvé, car j'avais un très bon angle pour les derniers milles. Au global, disons que ce n'est pas mal du tout."

Cette étape a été incroyable côté conditions météo : le final sans vent a marqué les esprits mais le passage de gros temps quelques heures avant était furieux...
"La météo n'annonçait pas plus de 30 nœuds avant le passage du Cap Finisterre… Or j'ai vu 42 nœuds plusieurs fois, avec des heures de vent moyen variant entre 33 et 38 nœuds ! Il y avait beaucoup de mer, le bateau rebondissait dans d'énormes vagues comme un ballon de basket. Heureusement que j'avais anticipé après avoir jeté un œil à ma table à cartes et en passant sous petit spi dès la deuxième risée un peu plus forte que les autres. J'ai en tête de préserver mes spis quoiqu'il arrive ! Et là c'était parti : le bateau filait souvent à plus de 20 nœuds ! C'était vraiment chaud et beaucoup y ont laissé des plumes, des voiles déchirées etc. Moi j'ai juste eu des petits soucis avec mes safrans qui avaient tendance à se décrocher… encore un truc qui ne m'était jamais arrivé, mais j'ai fini par trouver l'explication, ils sont trop lisses ! Heureusement je n'ai pas été obligé d'affaler, car c'est une manœuvre éreintante d'affaler-renvoyer le spi dans 30 nœuds de vent et on y perd beaucoup de terrain. Ensuite il y a donc eu cette phase incroyable dans des vents très faibles et très instables qui frappaient bizarrement, un peu au petit bonheur la chance. Je n'ose pas trop le dire mais un moment ça tenait de la loterie. Sur la fin, je peux couper le fromage (raccourcir la route) et je m'en sors en ayant plutôt bien navigué dans l'ensemble… Mais oui, c'était une étape très compliquée!"

Comment vois-tu la prochaine manche, qui partira samedi vers Gijon ?
"Très dangereuse elle aussi, car là encore on annonce très peu de vent pour remonter le Portugal. Et le vent de sud-ouest qui devrait arriver ensuite, tôt lundi matin, rebondira sur les montagnes espagnoles au niveau des Asturies.  Donc il n'y aura visiblement pas de vent sur le départ, un peu de vent en milieu d'étape et pas de vent sur l'arrivée ! Une deuxième fois de suite, ça risque d'être très aléatoire et de creuser des écarts… Il faudra à la fois bien naviguer et avoir de la réussite. En gros, on va jouer une partie similaire mais dans l'autre sens. Certains seront tentés d'aller jouer à la côte, d'autres au large… et on comptera les points à l'arrivée! Potentiellement, cela peut faire encore de gros écarts. Il faut dès maintenant bien réfléchir à tout ça, bien étudier la théorie mais ne surtout pas oublier l'observation une fois sur l'eau. Ce sera compliqué...

Solitaire du Figaro 2013  //  06/06/2013
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