Thierry Chabagny préserve toutes ses chances

Très bon bilan de Thierry Chabagny à bord de Gedimat, sur cette première étape de La Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire. Huitième à Plymouth, il laisse donc trente marins dans son sillage, mais surtout concède très peu de temps et peut nourrir de belles ambitions pour la suite de la course.

Huitième à 22 minutes du leader, à 15 minutes du podium provisoire, le bilan de cette première étape est très bon ?

"Je suis content de ne pas être mort pour cette course ! Vraiment très content de finir dans les dix premiers, d'autant plus que sous les côtes anglaises j'ai bien cru que je n'arriverai pas à revenir du ventre mou du classement. Je finis dans les points comme on dit et il n'y a pas d'écart devant. En revanche il y en a derrière nous, à partir du 12e bateau. C'est une bonne opération qui me donne le droit de rejouer. Ma hantise était que le vent tombe complètement devant Plymouth et dans ces cas-là, tu peux perdre deux heures et la course pour le général est terminée. Ce n'est pas le cas, je me suis battu et j'ai fini par réussir à revenir devant. C'est forcément satisfaisant."

Que s'est-il passé à l'île de Wight ?

"Nous sommes allés chercher un contre-courant favorable très tentant en nous approchant de l'île... mais le vent est rentré au large!  Rageant, surtout que j'avais fait une bonne première traversée de Manche. J'ai été un peu trop gourmand sur ce coup-là, comme quelques autres dont Adrien Hardy ou Gildas Morvan. On s'est fait piéger à la pointe ouest de l'île. Et là, je suis passé des bateaux de devant à ceux de derrière. A partir de là il a fallu batailler énormément pour revenir... J'y suis arrivé à force, mais c'était dur ! "

La deuxième partie de course de Gedimat est impressionnante : on a compté, tu as doublé 17 bateaux sur les 200 derniers milles. Pourtant il n'y avait pas de grandes options stratégiques. Comment as-tu fait ?

"Je me suis mis dans le rouge, à essayer de barrer tout le temps, à négocier chaque vague... Dans cette manche où nous avons eu droit à peu près à toutes les conditions  - de la pétole, du vent, de la mer... -  il fallait être dessus en permanence. Et je crois que ma vitesse est bonne, oui. J'ai très peu dormi pour cravacher justement et ça a payé. Beaucoup de marins vont très vite maintenant et si tu dors au mauvais moment ça se voit tout de suite, tu perds immédiatement des places. J'ai dû faire deux vraies siestes seulement sur cette étape. C'était bon de voir que j'arrivais à reprendre autant de bateaux comme ça, mais honnêtement je préfère faire la course devant : si je pouvais éviter de répéter ce scénario et regarder plutôt les autres en me tournant vers l'arrière ce ne serait pas plus mal! "

Le démâtage de Yann Eliès a dû te rappeler celui de Gedimat sur la Transat AG2R La Mondiale...

"Incroyable, j'avais mal pour Yann. Cette année il ne faut pas passer les marques en tête, sinon tu démâtes aussitôt après ! C'est le troisième à qui ça arrive avec Cercle Vert et nous... et c'est toujours la même pièce qui lâche. Quand le mât tombe, c'est le toit de la maison qui te tombe sur la tête. Je me souviens qu'avec Erwan Tabarly quand ça nous est arrivé on s'est dit 'imagine que tu démâtes en solo au vent d'un caillou dans de la mer et du vent pendant la Solitaire, ça peut être catastrophique tu peux aller te fracasser dessus'. Et c'est exactement ce qui a failli arriver à Yann qui aurait très bien pu finir échoué sur le caillou de Wolf Rock ! Il va falloir expertiser encore et trouver des solutions. Le Figaro Bénéteau 2 est normalement un bateau très robuste où les démâtages sont rarissimes."

Que penses-tu de l'option victorieuse d'Alexis Loison qui remporte sa première étape de La Solitaire ?

"Alex va très vite depuis deux ans, je ne suis pas surpris et un grand bravo à lui ! A Roscoff, je vois très bien et je comprends le coup qu'il tente, il le fait parfaitement, c'est bien joué!  Mais moi je ne voulais pas faire la même chose, car j'ai considéré cela trop risqué. Il y avait un grand risque d'être englué dans une dorsale sans vent en partant dans l'est comme ça. Je ne pouvais pas miser là-dessus, surtout pour une première étape où l'idée est justement de rester dans le match au classement général. Adrien (Hardy) a joué le même coup qu'Alexis, mais un tout petit peu trop à droite et il se retrouve derrière moi (10e) à l'arrivée. C'est bien la preuve que ça se joue à vraiment pas grand-chose ! Et il y a une question aussi de moment dans la course : la même possibilité à la quatrième étape si tu as deux heures de retard tu la tentes, mais là j'ai considéré que ce n'était pas mon jeu de prendre un risque aussi gros. Je n'ai pas à regretter ça du tout, j'ai été fidèle à ma logique."

L'escale est courte à Plymouth avec seulement deux jours de repos puis départ samedi pour la deuxième étape. Quel est ton programme anglais ?

"Très simple : repos, massages chez les kinés et étude de la météo. J'ai gagné le droit de rejouer, je n'ai pas entamé mes chances pour cette Solitaire donc l'idée est de bien récupérer d'ici samedi. On a encore trois étapes de 500 milles devant nous... rien n'est joué ! "

Solitaire du Figaro Eric Bompard cachemire  //  12/06/2014
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