Thierry Chabagny : "La nuit, barrer au feeling, c'est chaud..."

A fond sous spi dans une mer désordonnée, Gedimat s’est hissé en 2e position de la Transat AG2R La Mondiale. Thierry Chabagny et Erwan Tabarly luttent même contre le duo Adrien Hardy/Vincent Biarnes pour le leadership de la course, 24 heures avant le passage aux Canaries. Juste avant l’annonce du démâtage de Macif, qui témoigne des conditions difficiles au large du Maroc, interview avec Thierry Chabagny.
Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Comment va la vie à bord de Gedimat ?

« Tout va bien à bord, nous sommes dans le match avec Erwan. C’est motivant, mais les conditions sont vraiment dures. On a eu des vents moyens entre 35 et 40 nœuds et quand ça mollit il y a encore 28 à 30 nœuds. L’exercice c’est de la conduite sous spi dans du vent fort et une mer mal rangée, inconfortable. Le plus dur c’est de gérer les bouffes (les rafales) sur cette mer pourrie. C’est très exigeant, notamment la nuit car on a des nuits très noires, sans visibilité. C’est du pilotage uniquement aux sensations, du feeling pur… Et c’est chaud ! »

Vous êtes en permanence sous petit spi ?

« Non ! On alterne entre grand et petit spi, suivant la force du vent. Pour le moment nous n’avons pris un ris dans la grand-voile qu’une seule fois, et nous l’avons renvoyé ce matin quand le vent a molli à 26 nœuds. En ce moment nous sommes sous grand-voile haute et grand spi. On va vite, mais il faut être très concentré pour ne pas faire de bêtise. Le bateau est déjà parti deux fois en vrac, sans dommage heureusement. »

Dans ces conditions, la hantise est de déchirer une voile ou de casser du matériel?

« Exactement. Le maitre-mot est de préserver le matériel au maximum, tout en mettant au bon endroit le curseur de la performance. C’est pour cela que nous nous relayons très souvent à la barre, Erwan et moi. Il ne faut pas attendre d’avoir les yeux qui clignent pour aller se reposer, car la moindre faute de vigilance peut coûter cher. On essaie de se relayer toutes les heures, toutes les heures et demie maximum. Nous avons une totale confiance l’un en l’autre et c’est très important quand c’est ton tour d’aller dormir.»

La stratégie est décidée…

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Gedimat est maintenant deuxième de la course…

« Oui, globalement on a bien navigué jusqu’ici. On ne va pas se plaindre, on est bien dans le match. On aurait pu tricoter encore un peu mieux la nuit dernière mais ça va, on ne lâche pas Agir. »

Quand passerez-vous les Canaries et quelles sont les conditions que vous attendez ?

« Nous serons aux Canaries demain samedi, dans l’après-midi. Je pense que nous avons encore devant nous 48 heures de conditions musclées : le vent va mollir un peu, puis repartir fort avant de baisser à nouveau. Jusqu’à dimanche la course risque d’être très exigeante encore. Un autre point positif est qu’on a enfin un peu moins froid, les températures remontent doucement et ça va aller en s’améliorant. Ce ne sera pas trop tôt car en plus du pilotage permanent, ça commence à tirer sur les bonhommes aussi le fait de se réveiller transi de froid à chaque quart. »

Avez-vous décidé de votre stratégie, de la route que vous prendrez après les Canaries pour la traversée de l’Atlantique ?

« Oui, on a une idée assez claire là-dessus avec Erwan… Mais vous comprendrez que je ne vous dirai évidemment pas laquelle ! (rires) »

Transat AG2R La Mondiale  //  08/04/2016
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