Thierry Chabagny : "La Solitaire est une aventure intérieure"

Le Figaro Bénéteau Gedimat et son skipper Thierry Chabagny sont à pied d’œuvre à Bordeaux, où sera donné dimanche le départ de la Solitaire du Figaro Eric Bompard Cachemire. C’est là que nous retrouvons le navigateur breton qui s’apprête à participer pour la 12e fois à la grande classique. Ce sera aussi la dixième fois qu’un bateau aux couleurs de Gedimat est au départ.

Thierry, à quelques jours du départ, quel est le programme de tes journées bordelaises et dans quel état d’esprit es-tu ?
"L'idée est de se reposer un maximum. A moins d'une semaine du départ, il faut faire le plein d'énergie, avoir un rythme de sommeil régulier, manger sainement sans aucun excès. Je fais aussi du sport, à la piscine et en salle, tout en regardant la météo d'un œil. Chaque jour qui avance nous précise un peu plus à quelle sauce on va être mangé. Et puis on a quelques rendez-vous : des runs devant le port pour montrer les bateaux aux Bordelais, des rendez-vous médiatiques, des briefings, des interventions auprès des scolaires… "

Un mot sur la première étape : 536 milles à destination de Porto. Vous serez tout de suite dans le vif du sujet…
"Oui, c'est déjà un gros morceau ! D'autant plus qu'il y a un paramètre qu'on ne connaît pas trop : la sortie de la Gironde. Nous partirons devant Pauillac, qui est encore à 25 milles environ de la sortie de l'Estuaire. Là, le parcours de départ avec du courant et des sondes de cartes pas forcément fiables vont générer du stress. L'idée est de sortir dans les premiers pour se retrouver bien placé dès la mer libre, car cela peut être déterminant. Pour l'instant, la météo annonce peu de vent, avec peut-être une dorsale anticyclonique sur le parcours. Si c'est le cas, on risque de la subir jusqu’au cap Finisterre sur ce parcours est-ouest, très différent des étapes nord-sud dont nous avons l’habitude. Mais la météo a encore le temps d’évoluer d’ici le départ de dimanche. Il faudra être vigilant car si le vent est très faible, cela peut générer de gros écarts. Cette première étape pourrait bien être déjà déterminante ! Il faudra avoir les idées claires. "

Côté objectifs tu as terminé 2e en 2006, 4e en 2009 et 5e en 2012…L’idée est de faire encore mieux?
"A force de tourner autour du pot, un moment on finit par tomber dedans ! Sérieusement, quand tu tournes autour des cinq premières places, tu peux avoir des ambitions légitimes. Le problème est que nous sommes de plus en plus nombreux à pouvoir jouer le podium voire la victoire! Le niveau de la concurrence complique forcément la donne : il y a six anciens vainqueurs, dont les Desjoyeaux, Beyou, Le Cléac’h etc. mais au moins autant qui sont déjà montés sur le podium de cette course. Tous ces gars-là peuvent y croire… et je m’inclus dans cette liste! "

Ce sera la dixième fois de suite qu’un Figaro Gedimat est au départ d’une Solitaire. C’est une responsabilité supplémentaire?
"Si je gagne, ce serait très bien car facile à mémoriser ! Ce qui m’importe plus est que ce soit la troisième fois que je participe à La Solitaire sous les couleurs de Gedimat. Car cette fidélité-là est une des conditions pour gagner. Quand tu cours trois éditions avec le même sponsor, il y a du respect et de la confiance réciproque qui se sont installés et ça, oui, c’est très important. Il est clair aussi que Gedimat a participé à l’effort collectif du développement de cette classe Figaro : très peu de sponsors ont enchainé dix Solitaire consécutives. Gedimat fait partie des grands noms de cette course. "

L'an dernier tu as eu une année exceptionnelle en multicoques, en battant notamment le record du Trophée Jules Verne à bord du maxi Banque Populaire et en gagnant le Tour de l'Europe avec Foncia… Ces expériences sont-elles utiles aussi pour le Figaro ou bien cela n’a rien à voir?
"C'est utile indirectement. Les disciplines n'ont rien à voir mais en revanche, cela apprend l'exigence, la rigueur, l'importance de la préparation. Sur ces grosses machines, la prépa est super importante, rien n'est laissé au hasard… et ça oui, tu peux le reporter sur ton projet Figaro. C’est ce que je fais, avec une préparation très sérieuse. J’ai mis le bateau à l’eau très tôt, j’ai participé à tous les stages d’entraînement du Pole Finistère Course Au Large, je suis prêt… et j’ai une revanche à prendre sur la Transat (abandon sur casse technique). "

Après la Transat Bretagne Martinique, tu as participé à d’autres courses en solo et notamment terminé 2e de La Solo Arrimer, entre Morgan Lagravière et Yann Eliès qui sont deux autres très grands favoris de cette Solitaire. Bon pour le moral ?
"C'est clair : cette course m'a fait énormément de bien car elle m'a permis à la fois de faire le deuil de la Transat et de me rendre compte que j'étais dans le coup. J’ai toujours de la frustration de ne pas avoir pu m’exprimer sur la Transat et j’ai une énorme envie de naviguer, de prendre ce départ et de repousser mes limites. La Solitaire c’est une aventure intérieure forte, il faut sans cesse puiser plus loin dans tes réserves, te battre contre les autres mais aussi contre toi-même. Le premier jour tout le monde est à fond, mais il faut l’être aussi après une et deux semaines de courses..."

Solitaire du Figaro 2013  //  28/05/2013
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