Thierry Chabagny : "ma deuxième vie commence !"

A bord du Figaro Gedimat, Thierry Chabagny a signé une superbe première étape de la Solitaire du Figaro, entre Paimpol et Gijon. Malgré une entame compliquée et du retard, il a ensuite parfaitement négocié par l'ouest la dorsale anticyclonique. Il y a glané une belle 5e place, à 40 minutes du vainqueur Yann Eliès. Bon pour le moral et la suite des opérations. Il s'explique après douze heures de repos bien mérité.

Thierry, revenons un peu sur cette première étape. L'affaire n'était pas très bien engagée pour toi ...

"Le scénario est un peu incroyable. Sur la première partie de l'étape, je n'ai pas été très régulier dans mes choix et j'ai tempéré mon côté offensif, ce qui m'a pénalisé. Par exemple au début, aller au large n'est pas une mauvaise idée mais je vire de bord trente minutes trop tard… et les renverses de courant en Bretagne Nord ne pardonnent pas : si tu rates le wagon et que tu dois revenir à la côte, c'est comme si tu prenais un ticket pour laisser passer tout le monde devant toi! Je le savais et le plus dur a été d'accepter de perdre ce premier coup important. Il faut ravaler sa fierté pour admettre que tu t'es trompé et te dire qu'il y aura d'autres choses à jouer ensuite. Dès les sept iles, je savais que tout était à refaire, je cravachais dans les dix derniers pour essayer de grappiller des places. Ensuite je m'en sors super bien dans le Chenal du Four… mais je commets l'erreur d'aller trop près de la côte et je fais encore le yo-yo entre la 6e et la 23e place ! Là, je passe d'un jackpot à une grosse déception. J'étais dégoûté, car au raz de Sein, il doit rester moins de dix bateaux derrière moi ! Après la pointe de Bretagne, jusqu'aux Birvideaux il n'y avait rien à faire à part dormir… et étudier de près la dorsale anticyclonique qui barrait la route au milieu du golfe de Gascogne."

Et c'est justement dans le franchissement de cette bulle sans vent que tu joues ton meilleur coup. Comment as-tu fait ?

"Je ne me suis pas fié aux fichiers Grib qui nous donnent des champs de vent, j'ai étudié les cartes isobariques (qui donnent seulement les pressions atmosphériques) et là, pour moi la bulle anticyclonique se déplaçait vers le nord-est. Donc s'il y avait un passage à aller chercher c'était au vent de cette zone, dans l'ouest. J'ai joué cette carte et j'ai été patient, car au début ça ne payait pas. Mais j'ai insisté et quand le vent à commencer à refuser, j'ai commencé à croire que j'avais raison. Et puis, un moment je vois Adrien Hardy dans l'axe un mille derrière moi, alors que lui aussi était dans l'ouest et que nous étions bord à bord deux heures avant. Je me suis dit que si je gagnais sur lui, je devais gagner beaucoup plus encore sur tous ceux qui étaient dans mon Est… et c'est exactement ce qui s'est passé. Et ça c'était bon, j'étais super content ! Comme en plus à la fin ils annonçaient une bascule du vent à l'ouest, j'étais super bien placé. J'ai gagné beaucoup, même si la dernière bascule du vent à l'ouest est intervenue un peu trop tard, à quelques milles de la ligne, pour faire encore mieux que 5e. Mais avec des si on gagne toutes les étapes de la Solitaire…"

Cinquième à quarante minutes du leader Yann Elies, tu restes dans le coup pour la suite ?

"Je préfèrerais les avoir d'avance, évidemment! Mais il faut se souvenir aussi qu'à un moment je pouvais parfaitement perdre six heures ! Quelque part, je suis un miraculé et ma deuxième vie commence. Plus sérieusement, la morale de l'histoire c'est qu'il y a souvent beaucoup de coups à jouer dans une étape de la Solitaire du Figaro… et que c'est souvent le dernier qui compte. En tous cas, je me suis prouvé une fois de plus qu'il faut toujours y croire, même quand les choses paraissent mal engagées. Je suis dans le match et je suis là encore aussi pour mes adversaires qui pouvaient se dire à un moment qu'ils étaient débarrassés de Chabagny… Maintenant l'idée est de bien se reposer pour attaquer la deuxième étape. J'ai déjà commencé à regarder la météo en me levant tout à l'heure. Il est encore tôt pour en parler, mais il y a des chances pour qu'on n'ait pas beaucoup de vent non plus pour remonter…"

Solitaire du Figaro 2012  //  28/06/2012
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