Thierry Chabagny : "on commence enfin à revivre ! "

Pour la première fois depuis le départ de la Transat AG2R La Mondiale, samedi, les hommes de Gedimat ont pu donner des nouvelles. Le début de course a été terrible et un pépin technique a fait perdre un peu de terrain à Thierry Chabagny et Christopher Pratt. Mais ils ont su aussitôt replacer Gedimat parmi les meneurs de la flotte.

Thierry, pouvez-vous revenir sur ces trois premiers jours de course à bord de Gedimat?

 "Le moins qu'on puisse dire est que le début de course a été assez tonique, avec ces deux dépressions ! On a bien bataillé toute la première journée après le départ, et constaté que nous avons une bonne "carbu", une bonne vitesse. Nous nous sommes rapidement retrouvées devant, avec Nacarat. La première nuit a été au taquet toujours sur un bord tribord. Nous avons gardé la grand voile haute, mais la mer était très désordonnée. Le contre-bord au nord de l'Espagne était furieux avec l'arrivée du vent de sud-ouest où on a eu jusqu'à 44 nœuds en rafales dans une mer grosse et démontée. C'était vraiment fort et nous avons eu un pépin technique important : notre solent (petite voile d'avant) est sorti de sa ralingue par le haut ! Nous avons été obligés d'abattre pour l'affaler avant de le renvoyer à un ris. Avec Christopher, nous avons perdu au moins deux milles dans cette affaire et beaucoup d'énergie. C'est rageant car cela n'arrive jamais et sans cette avarie je pense que nous serions aujourd’hui au même niveau que Nacarat, en tête."

Ceci-dit, vous êtes dans le quatuor des leaders…

 "Oui, nous sommes où nous voulions être, et ‘dans le bon wagon’. C'est important car cela nous permet de rester maîtres de notre stratégie, ce qui est primordial sur un début de transat. Aujourd'hui le vent faiblit avant l'arrivée d'une nouvelle dépression, notre troisième depuis le départ, et nous pensons qu'il faut chercher de la pression en naviguant légèrement à l'ouest de la route directe. Globalement nous sommes satisfaits de notre position, même si on regrette forcément ce petit pépin sans lequel nous serions en position encore plus favorable, d'autant que nous avions été les premiers à déclencher le virement de bord. Mais cela fait partie de la course dans ces conditions très dures et c'est du passé maintenant, il faut regarder vers l'avant."

L'accalmie d'aujourd'hui doit être agréable après le coup de vent espagnol?

 "C'est sûr ! On commence enfin à revivre ! Je suis en train de préparer le premier plat chaud depuis le départ, un petit sauté de porc. Jusqu'ici nous n'avons pas été malades mais nous n'avons pu avaler que des substituts de repas liquides. Je viens tout juste d'enlever ma combinaison étanche que je portais depuis le départ, comme Christopher. On vient d’affaler le spi et on essaie de ranger et de tout faire sécher dans le bateau. C'est vrai que ça fait du bien avant d'attaquer de nouveau du vent de sud-ouest contraire à la route et des rafales jusqu'à 35 nœuds la nuit prochaine. On sait qu'on va encore souffrir cette nuit et demain mercredi mais ensuite, cela devrait aller mieux."

Stratégiquement, quelles sont les questions à bord de Gedimat, maintenant?

"On se demande s'il est plus pertinent de passer à l'ouest ou à l'est de Madère. A l'ouest c'est un peu plus long, mais cela évite aussi le fort dévent de l'île, car Madère est une île haute. Ce n'est pas encore très clair, mais nous faisons tourner l'ordinateur et nos méninges pour décider de la meilleure solution. Et puis, on essaie de se reposer un peu car depuis le début, nous n'avons que très peu et mal dormi : il y avait toujours une manœuvre à faire, un changement de voiles, du matossage... toujours du travail. Mais là tout va bien, nous sommes à vue avec les bateaux leaders - nous voyons très bien Nacarat, Macif, Cercle Vert etc. - nous sommes donc bien dans le coup.  On tente d'oublier un peu la vexation de notre souci de solent pour repartir à l'attaque. Nous avons pu pu constater que nous avons une bonne vitesse à toute les allures et ça c'est vraiment important pour la suite... et bon pour le moral."

Transat AG2R La Mondiale 2012  //  24/04/2012
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