Thierry Chabagny : "option attaque !"

C'est demain dimanche, à 13h, que sera donné le départ de la troisième et dernière étape de la Solitaire du Figaro entre Saint Gilles Croix de Vie et Cherbourg, via le phare anglais de Wolf Rock et les côtes du sud de l’Angleterre. Un peu plus de 500 milles pour départager les 12 premiers skippers, qui se tiennent en moins de deux heures. Cinquième à moins d'une heure du leader Yann Elies, Thierry Chabagny veut tout donner, sans calculs. Son grand spi réparé, le skipper de Gedimat, part, toujours aussi déterminé, à l’assaut de cette nouvelle manche.

Pour lui, les comptes avant le départ de cette dernière étape cruciale de la Solitaire sont rapides : il est 5e à un peu moins d'une heure du leader et à 30 minutes du podium, dont la troisième marche est actuellement détenue par Nicolas Lunven… lui-même seulement 10 secondes derrière le deuxième, Morgan Lagravière. Le Champion de France Fabien Delahaye est 4e juste devant Gedimat… alors que les deux bateaux qui suivent immédiatement Thierry Chabagny sont le Cercle Vert de Gildas Morvan et le Nacarat d'Erwan Tabarly.

La conclusion est simple : il n'y a que des "gros bras", des favoris, des ténors du circuit dans ce listing de prestige où chacun espère encore un coup d'éclat, un podium et pourquoi pas la victoire finale. Ce sera donc très difficile de gagner des places lors de cette dernière étape… et comme toujours beaucoup plus facile d'en perdre ! Mais c'est le sel de la compétition de haut niveau que de croire jusqu'au bout à l'exploit. Si c'était facile, cette course ne passionnerait personne. A Saint Gilles Croix de Vie ce matin, à un peu plus de 24 heures du dernier départ, Thierry Chabagny nous présente l'étape et ses intentions offensives.

Thierry, peux-tu nous présenter le début de cette étape ?

"Nous commençons par un parcours en baie de Saint Gilles d'une dizaine de milles qu'il ne faut pas rater. Si je pouvais partir devant comme à Gijon, ce serait toujours ça de pris. Ensuite, ça sera du près sur un bord bâbord amures jusqu'aux Glénan, dans une quinzaine de nœuds avec des oscillations du vent à bien suivre. Le vent de dominante ouest devrait mollir dans la soirée avec des petits passages de fronts qui perturbent le champ de vent à chaque fois. Nous sommes obligés de passer dans les Glénans, par le chenal des Moutons. Je passerai donc devant chez moi : je vois la bouée basse jaune de mon salon quand je suis terrien. Ensuite, toujours dans du vent d'ouest, nous attaquerons toute la pointe de Bretagne : Penmarch', le raz de Sein, le Four… sachant que les simulations nous font arriver contre le courant dans le raz de Sein, il peut donc très bien y avoir comme un deuxième départ. Attention à ne pas perdre du temps sous un nuage d'ici ce passage. Comme d'habitude ce sera toujours mieux d'être devant!"

Et ensuite, la traversée de La Manche ?

"Il faut aller chercher le phare de Wolf Rock, à la pointe de Land's End. Pour résumer, partir du Finistère pour aller à "la fin de la terre" ! Ces 100 milles de la section transmanche peuvent donner lieu à des bords à tirer, il faudra donc bien les choisir et faire attention au trafic des cargos qui sortiront du DST (le "Dispositif de Séparation du Trafic", connu aussi sous le nom de rail d'Ouessant). Le vent risque d'aller vers le nord-ouest en mollissant à moins de dix nœuds. Ensuite, c'est du portant le long des côtes sud de l'Angleterre et comme le vent ne sera pas fort, il faudra faire très attention au courant. Evidemment, plus le vent est faible, plus le courant est une donnée importante. On sera dans du nord-ouest faiblard et perturbé par la côte… ce ne sera pas facile !"

Cette côte anglaise pourrait donc être la partie la plus délicate du parcours?

"Oui car la fatigue se fera déjà sentir. De plus nous ne sommes pas sûrs qu'il y aura du vent thermique et le courant deviendra donc une donnée importante. Ensuite nous devons aller chercher la bouée Needles Fairway, juste devant l'île de Wight. Puis, à nouveau 60 milles de traversée de la Manche dans l'autre sens, sans doute mercredi - avec peut-être une arrivée dans la nuit de mercredi à jeudi - mais c'est encore un peu tôt pour appréhender la météo à ce moment-là. Normalement il y aura assez de vent pour finir sans avoir à mouiller. Au total, c'est une étape avec beaucoup de portions côtières. Et qui dit navigation près des côtes dit effets de site, importance du courant, difficulté à dormir…"

Cette dernière étape peut-elle créer des écarts au point de changer le classement général et dans quel état d'esprit l'abordes-tu?

"Vue la longueur de l'étape et le jeu qu'il y aura à tirer des bords dans la Manche puis pendant les 150 milles le long des côtes anglaises, il va forcément se passer des choses,  des écarts vont évidemment se créer. Je pense surtout que tout le monde ne va pas naviguer de la même manière. Beaucoup de marins sont frustrés de leurs résultats et tout le monde n'a pas la même politique : certains veulent prouver, faire un coup d'éclat, d'autres veulent conserver leur classement, marquer leurs adversaires. Certains joueront l'étape, d'autres le classement général. Moi je suis plutôt outsider : ma cinquième place est très virtuelle avec tous les favoris que j'ai autour de moi. Disons que j'ai fait une cinquième place à Gijon (lors de la première étape) et que j'aimerais en faire une plus belle encore. Mais il ne faut pas trop calculer, je prends l'option offensive! J'ai envie d'attaquer, de faire mon jeu à fond et on verra bien le résultat. Je veux faire cette étape comme si c'était la seule de la Solitaire, sans calculette!"

Solitaire du Figaro 2012  //  07/07/2012
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