Thierry Chabagny : "Tout peut se jouer le dernier jour"

Gedimat a de nouveau orienté sa route vers le Sud. Pour Thierry Chabagny et Erwan Tabarly, c’est la logique de la route météo qui prime. Depuis la mer, à un peu moins de 1400 milles de l’arrivée, Thierry a répondu à nos questions. Pour lui, l’arrivée interviendra dans sept jours et il y aura peut-être un énorme suspense jusqu’au bout.

A bord de Gedimat vous avez de nouveau fait un bord vers le sud la nuit dernière. Pourquoi ?
« On suit le vent, tout simplement ! On avait des gros appels à droite, donc on a effectivement remis un coup dans le sud la nuit dernière et ce matin. Nous, on suit notre route météo, on pense que de toute façon tout le monde va devoir redescendre au sud car normalement il n’y a pas d’air sur la route directe. Avec Erwan, nous avons beaucoup discuté avant de prendre la décision parce que sur le dernier coup que nous avons fait comme ça, ça ne s’est pas avéré payant. Mais il nous semble qu’il faut être logiques quoiqu’il arrive et donc faire un compromis entre les routages que nous faisons tourner à bord sur l’ordinateur et ce qu’on ressent en réel sur l’eau. »

Vous vous attendiez à ce que les bateaux plus au nord que Gedimat ralentissent davantage ce week-end ?
« Oui. C ‘est très compliqué d’un point de vue météo et les conditions sur l’eau ne correspondent pas vraiment aux fichiers de vent ! Cercle Vert par exemple a réussi à maintenir un gros rythme, alors que ça ne devait pas passer pour lui. Maintenant, nous faisons notre route à l’endroit où nous sommes et nous gardons confiance. Nous naviguons comme nous voulons, comme nous imaginons qu’il faut le faire pour jouer la gagne à Saint Barth. Il y a forcément une prise de risque mais c’est un risque calculé.»
 
Dès que vous faites un bord vers le Sud vous perdez du terrain au classement provisoire…
« Oui c’est normal, puisqu’en faisant ça on s’écarte de la route directe. Mais ça ne nous préoccupe pas plus que ça. On regarde les classements uniquement pour surveiller les vitesses moyennes des autres, c’est tout. Les pointages sont calculés en fonction de la distance au but, mais pas en fonction de la route météo que nous privilégions. C’est souvent le cas en voile : on investit pour espérer gagner plus tard, maintenant à quel moment et de combien faut-il le faire c’est toujours une question délicate.»

On y croit !

A un peu moins de 1400 milles de l’arrivée, combien de temps en mer reste-t-il ? Une semaine ?
« C’est très exactement ça. Les routages qu’on vient de faire tourner nous donnent une arrivée plutôt lundi midi. C’est-à-dire encore sept jours de course. Et il va y avoir du suspense car normalement la route directe devrait coincer entre maintenant et mercredi. C’est très possible d’arriver très groupés en approche de Saint Barth ! »

Il va donc y avoir du suspense jusqu’au bout… Tout pourrait se jouer pendant le dernier jour de course ?
« Oui, c’est ça. Il y a de grandes chances que le podium et la victoire se jouent dans les dernières 24 heures ! On y croit toujours avec Erwan et on ne s’ennuie pas à bord : entre la météo, les classements, et les heures de barre sous le cagnard on a de quoi faire. »

Il est impossible d’utiliser le pilote automatique ?
« La mer est vraiment désordonnée, ce n’est pas une belle mer d’alizés comme on l’imagine. Par moments ça bouillonne, il y a du courant, et on a parfois l’impression d’être en train de passer le raz de Sein ! Dans ces conditions, ce n’est pas possible de confier le bateau sous spi au pilote Alors on se relaie sous une chaleur assommante. On fait beaucoup d’heures de barre pour naviguer le plus vite possible et quand on n’est pas de quart, on essaie de se reposer le plus possible, car il faudra être les plus lucides et les plus frais pour cette dernière semaine de course où on devrait aligner des moyennes autour de 200 milles par jour. »

Vous y croyez toujours ?
« Oui, bien sûr ! On a pris forcément un petit coup au moral sur le dernier coup vers le Sud qui n’a pas marché, mais on se dit qu’on a raison de naviguer le plus logiquement possible. De toute façon il y aura sans doute du suspense jusqu’à la fin, jusqu’à Saint Barth. »

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Transat AG2R La Mondiale  //  18/04/2016
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