Thierry Chabagny : "Une énorme dose de confiance"

Thierry Chabagny a signé hier soir une superbe première étape de La Solitaire Bompard Le Figaro, dans la lignée de sa grande forme actuelle. Il termine 4e à Cowes et fait partie des grands bénéficiaires de cette première étape, car il n’a concédé qu’une poignée de minutes alors que, derrière, les écarts creusés sont énormes. De très bon augure pour la suite !
Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Il y a quelques semaines tu gagnais la Transat AG2R La Mondiale avec Erwan Tabarly. Aujourd'hui, Erwan remporte cette première étape de La Solitaire et toi tu termines 4e, à moins d'un quart d'heure. Ta réaction ?

Ce que vit Erwan, c'est super pour lui ! Je suis vraiment très, très content que ça lui arrive ! C'est la première fois qu'il gagne une étape de la Solitaire alors qu’il a bien dû courir plus d’une cinquantaine d’étapes. Pour avoir vécu la même chose l'an dernier (à bord de Gedimat, Thierry Chabagny avait gagné la première étape de La Solitaire 2015), je vois parfaitement ce que ça représente. C'est un truc énorme... qui te libère de plein de frustrations, qui valide beaucoup de choses. C'est super important !"

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Tu finis quatrième avec moins d'un quart d'heure de retard, ça t’inspire regrets ou confiance ?

"Confiance ! Evidemment que j'aurais adoré être avec Erwan sur le podium, ça aurait fait un souvenir génial, mais je ne vais surtout pas me plaindre ! On se tient en un quart d'heure avec Erwan et les deux Macif : Charlie (Dalin) et Yoann (Richomme). Ce n'est rien du tout. Pour ceux qui jouent le classement général comme nous, le but du jeu de cette première manche était avant tout de concéder le moins de temps possible. Là tout va bien, j'ai gagné mon ticket pour rejouer sur la prochaine. Je n'oublie pas que la Solitaire est une course au temps et en quatre étapes… Donc je répète que je préfère de loin être quatrième à 15 minutes que troisième à 40 minutes !"

« J’ai gagné mon ticket pour rejouer »

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Cette étape a été incroyable, avec de très nombreux changements de conditions, du courant, des coups à jouer, du vent fort et de la pétole… Un peu de tout !

"Elle était extrêmement complète, oui. On est passé un peu par tous les états, y compris dans les deux dernières heures de course où j'aurais aussi bien pu perdre plus d’une heure dans un orage et où j'étais super content de parvenir à recoller à ce point pour finir tout près de Charlie Dalin. Il y a eu des moments incroyables, pas toujours très agréables d'ailleurs, comme quand le bateau a fait un tour complet sur lui-même dans la brume ! Je ne voyais rien, vraiment rien et il y a eu quelques secondes où je ne savais même plus trop où aller... Mais ce n'est qu'un tout petit détail de cette course où on a vraiment eu droit à tout.

Crédit photo : Alexis Courcoux
Crédit photo : Alexis Courcoux

Y a-t-il eu un moment clé pour toi sur cette première manche ?

"Clairement pour moi, le passage à Owers. On était encore dans le vent fort, je devais être entre la 10e et la 12e place, deux milles derrière le leader environ. C'était un peu 'le petit train' le long de la côte anglaise et là j'ai senti un coup à faire : j'ai viré tout de suite pour aller chercher du courant favorable et beaucoup plus fort. Ce coup m'a remis dans le match, j’ai repris dix places... Après je n'ai plus quitté la tête de la course. Quand je prends cette décision, nous sommes encore dans la baston, il y a 35 nœuds de vent et de la mer. Ce n'est pas forcément évident de continuer à faire de la stratégie dans ces conditions-là... Alors c'est super satisfaisant d'y arriver et de voir que ça paye!"

 
En temps, beaucoup de skippers sont très loin de vous maintenant. Les écarts sont considérables : une heure de retard dès la cinquième place, deux heures à la dixième, plus de trois heures à partir de la treizième position. Cela va changer ta façon de courir ?

"Je ne vais pas dire que c'est négligeable, car à partir de deux heures de retard on sait que ça commence à faire beaucoup. Mais je ne crois pas qu'il faille vraiment changer ma façon de courir. Je ne crois pas que je vais essayer de marquer les deux Macif ou Erwan dès maintenant ! Surtout que la deuxième étape s'annonce énorme elle-aussi, avec de très nombreux passages à niveau potentiels, tout autour de la Bretagne. Elle aussi peut créer des écarts très importants. Cela peut changer la donne surtout pour ceux qui ont du retard et qui seront forcément tentés de lancer des options risquées. Pour ceux de devant comme moi, il faudra savoir où mettre le curseur de la prise de risques et ne pas faire n’importe quoi. Après cette première étape nous avons un petit avantage mathématique, mais c'est surtout une énorme dose de confiance pour la suite ! Je sais que la vitesse pure de Gedimat est très bonne, que j'ai la carburation ; je sais aussi qu'en stratégie je semble plutôt inspiré et que je peux toujours jouer pour le classement général. C'est déjà beaucoup

Solitaire Bompard Le Figaro 2016  //  23/06/2016
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