Thierry Chabagny se prépare à affronter le gros temps

Le skipper de Gedimat navigue à environ 800 milles des côtes françaises et 550 milles dans le nord des Açores… où la tempête sévit. La décision d'annuler la première étape était donc la bonne. Ceci dit Thierry Chabagny s'apprête à vivre quelques heures de gros temps, vendredi et samedi.

Cinq jours après votre départ de Lorient et la neutralisation de la course, quelle est la situation?
"On avance, on progresse doucement, groupés. Nous sommes actuellement dans le nord de la dépression et il y a déjà 25 noeuds de vent d'est. En ce moment aux Açores, les fichiers indiquent 45 noeuds de vent… on est plutôt content de ne pas y être ! Nous allons sans doute empanner en fin de journée pour éviter un peu plus la dépression et ensuite le vent tournera au nord-est puis au nord-ouest et nous pourrons descendre vers Horta. Pour résumer, nous arrondissons le phénomène."

La décision d'annuler cette première étape était donc la bonne?
"Clairement, oui. Demain et après-demain (vendredi et samedi) nous aurons tout de même droit à 30 à 36 heures de gros temps, avec 35 noeuds fichier ce qui veut dire 45 voire plus dans les rafales et peut-être des orages. C'est un moindre mal, car être en course aurait été vraiment dangereux. En mode course, on pouvait prendre des rafales à 55 noeuds voire plus et c'était très chaud… Avec la fatigue et le stress de la course, ça pouvait mal se passer. Or à l'endroit où nous sommes, un peu perdus au milieu de rien, une assistance extérieure est difficilement envisageable. Là, la mer est déjà bien formée. Hier, deux d'entre nous ont eu leur bateau couché par une vague. La mer est formée, pourtant nous ne sommes pas encore dans le plus gros du mauvais temps."

Avec quelle voile navigues-tu pour ce contournement de la dépression?
"Je suis sous deux ris et tourmentin (minuscule voile d'avant), autrement dit déjà avec la voilure tempête. Et le bateau avance à 9 noeuds. Je suis prêt à affronter le gros temps. L'idée est de ralentir au maximum pour laisser à la dépression le temps de se dégonfler un peu et aussi de gagner assez dans l'ouest pour avoir un angle où le bateau se fait un peu moins chahuter sur l'approche d'Horta. Dans tous les cas ça va être pénible, il est certain qu'on va se faire bien secouer… Mais c'est incomparable avec ce que nous aurions subi si nous avions continué en mode course."

Vous échangez toujours beaucoup entre les 18 bateaux restant en course?
"Oui, nous restons à portée de VHF et donc d'AIS. On a mis en place un système de vacations entre nous le matin, où il faut au moins confirmer que tout va bien à bord. On discute météo évidemment, certains s'échangent des clés USB avec des films dessus, il y a des animateurs radio qui se révèlent... On s'occupe ! Moi je fais des mails, un peu de montage vidéo. C'est sûr que c'est moins excitant qu'être en course mais on s'adapte. La plupart des conversations tournent autour des fichiers de vent et de vagues. On a l'impression qu'on va vers du mieux et plutôt en sécurité, mais il y a toujours une appréhension à aller affronter ce gros temps. En mer, quand le vent et la mer montent fort, tu te demandes toujours si ça va être encore plus gros ou si tu es au pic de la tempête."

Quand prévois-tu d'arriver à Horta ?
"C'est difficile à dire avec précision car avec la voilure réduite nous ne sommes pas dans les prévisions de vitesse théoriques habituelles du bateau… Ceci dit, je pense que nous serons aux Açores entre samedi midi et dimanche matin, peut-être tard samedi soir."

Lorient Horta Solo  //  11/09/2014
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